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Sommaire du PLM 223
| CLIMAT: COMMENT LA MONTAGNE S’ADAPTE |
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Se manifestant notamment à travers la rigueur hivernale et le cycle raccourci de végétalisation, le facteur climatique est, avec l’altitude et la pente, l’un des trois critères du classement montagne. L’automne exceptionnellement doux l’aura particulièrement chahuté. En effet, même si la neige était au rendez-vous à Noël, le démarrage de la saison hivernale 2011-2012, en raison d’une arrivée tardive de la neige, a été ponctué d’annulations de compétitions internationales de ski et de reports d’au moins huit jours de l’ouverture de plusieurs stations, relançant l’interrogation des professionnels du tourisme sur les perspectives d’évolution climatique des milieux naturels montagnards. Dans le même temps se tenait à Durban, en Afrique du Sud, du 28 novembre au 11 décembre, la 17e conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.
La simultanéité de ces deux informations amène PLM à s’interroger, dans ce dossier, sur l’avancement des connaissances en matière d’évolution globale de l’enneigement en montagne, et sur l’importance de la neige dans la décision économique montagnarde. |
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- La conférence de Durban a repoussé la mise en œuvre d’un accord global de réduction des gaz à effet de serre à 2020.
- Les observations confirment une évolution inquiétante de l’enneigement en montagne.
- Les professionnels du tourisme hivernal cherchent à s’adapter à ce nouveau contexte.
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| Durban : Kyoto en moins ambitieux |
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Si, comme il y a deux ans à Copenhague (voir « PLM » n° 201), les véritables échéances ont encore été reportées, l’accord final de la conférence sur le climat de Durban, arrêté le 11 décembre au terme de deux semaines de négociations tendues, n’a pour autant rien d’anodin.
Durant deux semaines, les négociations se sont principalement cristallisées sur la reconduction du protocole de Kyoto. Celui-ci, devant arriver à expiration fin 2012, est en effet le seul traité international contraignant en matière de lutte contre le changement climatique, et sa prorogation avait déjà échoué à Copenhague. In fine, en raison de la persévérance de l’Union européenne, la vie du pro-tocole vient d’être allongée de cinq ans, voire de huit (la question reste à trancher).
Mais ce succès doit être sérieusement relativisé au vu de deux considérations : en premier lieu, les Etats signataires du protocole de Kyoto ne sont responsables que de 15 % des émissions de gaz à effet de serre (GES), ensuite, le Canada, la Russie et le Japon ont refusé de renouveler leur engagement. Le constat alarmant qui s’est imposé à Durban, c’est que toute discipline de réduction des émissions de GES reste vaine tant que les Etats-Unis, la Chine ou le Brésil n’y participeront pas.
Pourtant, la seconde avancée notable de la conférence de Durban est de donner ses pre-mières règles de fonctionnement au fonds Vert décidé à Cancun en 2010 et destiné à aider les pays en développement à faire face au changement climatique. Alimenté par les pays industrialisés de 100 milliards de dollars par an jusqu’en 2020, il devrait être opérationnel à partir de 2013, sans qu’on sache à terme quelles ressources pourraient continuer à le soutenir.
Enfin, le principe a été retenu d’un accord global d’ici 2015 dans la perspective d’une prise d’effet en 2020, qui engagerait tous les Etats dans une même discipline au regard du changement climatique. Au total, il n’est pas certain que, sur cette base, l’objectif proclamé à Copenhague de contenir la progression du réchauffement global de l’atmosphère de la planète au-dessous de 2 °C puisse être tenu.
| Pays |
Evolution par rapport
au niveau d’émission de 1990 |
Objectif souscrit pour
la période 2008-2012 |
| Allemagne | -17% | -21% |
| Canada | +28% | -6% |
| Espagne | +49% | +15% |
| Etats-Unis | +16% | A signé mais pas ratifié
le protocole |
| France | -3,20% | 0% |
| Grèce | +27% | +25% |
| Irlande | +23% | +13% |
| Japon | +6% | -6% |
| Royaume-Uni | -14% | -12,5% |
| Portugal | +41% | +27% | |
| L’INCIDENCE DU PROTOCOLE DE KYOTO SUR L’ÉVOLUTION DES ÉMISSIONS DE CO 2 |
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Négocié en 1997 dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, mais entré en vigueur seulement en 2005, le protocole de Kyoto est le traité par lequel les Etats signataires s’engagent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, par rapport au niveau atteint en 1990.
Au nom du principe de « partage du fardeau » (burden share), seuls les pays industrialisés parmi les 174 pays qui l’ont ratifié, étaient appelés à se mobiliser.
Trente-huit pays (plus ou moins ceux de la zone OCDE – Organisation de coopération et de développement économiques) et l’Union européenne se sont ainsi engagés, à l’exception notable des Etats-Unis qui ont paraphé l’accord mais ne l’ont pas ratifié.
Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie publié le 24 octobre 2011, les dernières statistiques font apparaître pour la première fois depuis 1990 une diminution des émissions globales de dioxyde de carbone (CO 2 ) en 2009.
Toutefois, ce recul est entièrement dû à la crise financière internationale et le rapport annoncait une large reprise pour 2010. Tandis que les émissions des pays qui n’ont pas souscrit d’engagement de réduction au titre de l’annexe I (protocole de Kyoto) continuaient de progresser de 3,3 %, celles des pays industrialisés ayant souscrit au protocole (1) ont baissé abruptement de 6,5 %.
En 2009, les deux tiers des émissions totales de CO 2 provenaient de seulement dix pays, les Etats-Unis et la Chine arrivant largement en tête. Ces deux pays représentent à eux seuls 41 % des émissions.
De 1990 à 2009, la part des émissions de CO 2 provenant de la combustion du charbon est passée de 40 à 43 %, et celle provenant du gaz naturel de 18 à 20 %, tandis que les émissions dues à la combustion de pétrole tombaient de 42 à 37 %.
Deux secteurs, celui de la production d’électricité ou de chaleur, et celui des transports, génèrent à eux seuls près des deux tiers des émissions de CO2 , soit 58 % de plus qu’en 1990.
(1) Allemagne, Australie, Autriche, Bélarus, Belgique, Bulgarie, Canada, Croatie, République tchèque, Danemark , Espagne, Estonie; Finlande, France, Grèce, Hongrie, Islande, Irlande, Italie, Japon, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg , Malte, Monaco, Nouvelle Zélande, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Royaume Uni, Fédération de Russie, République slovaque, Slovénie, Suède, Suisse, Turquie, Ukraine, USA . |
| QUESTIONS A ALEXIA LESEUR, chef du pôle recherche « Collectivités locales et adaptation » à CDC- C limat |
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PLM : Depuis Copenhague, le diagnostic des scientifiques sur l’évolution climatique de la planète a-t-il évolué ?
Alexia Leseur : Les connaissances se sont affinées et un fort accent a été mis sur les modèles régionaux . Selon les dernières conclusions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il est désormais certain que les engagements pris à Copenhague seront insuffisants pour maintenir le réchauffement de l’atmosphère au- dessous des 2 °C et que les événements extrêmes de types sécheresse, inondation, canicule, vont s’amplifier. Une réalité que le plan national d’adaptation au changement climatique lancé par la ministre Nathalie Kosciusko -Morizet en juillet 2011 transpose au niveau français par une élévation de la température moyenne entre 2 et 3,6 °C à l’horizon 2100.
PLM : Quelle incidence cela pourrait-il avoir sur notre enneigement ?
A.L. : Les projections sur les années 2030 -2080 réalisées par la récente étude SCAMPEI (1) , consacrée à l’évolution climatique dans les zones montagneuses en France sur la base d’un maillage territorial de 8 km, sont catégoriques : elles indiquent dès 2030 une « diminution significative » (sic) de la couverture neigeuse en dessous de 2 000 mètres d’altitude. Il semble donc prudent de réfléchir et de s’engager dès à présent dans des stratégies d’adaptation.
PLM : Faut-il continuer à promouvoir les équipements de neige de culture ?
A.L. : Aujourd’hui ils sont indispensables à la survie de notre économie touristique en montagne. Mais il serait irréaliste de les intensifier au fur et à mesure que la neige disparaîtra, car nous tomberions alors dans la « mal adaptation », c’est-à-dire un faux remède qui ne ferait qu’aggraver le problème en raison d’un bilan énergétique relativement lourd. La diversification de l’offre montagnarde, voire sa mutation, pour ce qui concerne les stations à moins de 2 000 mètres, sont donc cruciales. Le club ViTeCC ( 2) , que nous avons créé à destination des décideurs locaux , est justement là pour les y aider en accompagnant leurs réflexions pour adopter des stratégies de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’adaptation au changement climatique.
(1) Scénarios climatiques adaptés aux zones de montagne : phénomènes extrêmes, enneigement et incertitudes. (2) Villes territoires et changement climatique (plus d’info sur www.cdcclimat .com). |
| Les enseignements de la saison 2010 -2011 |
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Selon Domaines skiables de France, le niveau de fréquentation pour la saison d’hiver 2010-2011 a été plutôt satisfaisant (53,2 millions de journées skieurs) compte tenu de l’important déficit de précipitations neigeuses constaté.
La saison a été marquée par des chutes de neige importantes au mois de décembre puis par de la pluie et du froid jusqu’en février, et enfin par un ensoleillement et des fortes chaleurs qui ont précipité la fin de la saison. Cette situation n’a rien d’étonnant pour les climatologues qui notent une nette diminution de l’enneigement depuis cinquante ans, notamment sur les versants bien exposés (adrets) en dessous de 1 500 mètres. Cette tendance est particulièrement nette en début et fin de saison hivernale.
Les stratégies d’investissement en travaux de pistes et en neige de culture ont permis de maintenir l’attractivité des domaines skiables sur l’ensemble de la saison, notamment dans les stations moyennes, grandes et très grandes. En revanche, les très petites stations, généralement en basse altitude et peu équi-pées en neige de culture ont subi des pertes importantes.
La coïncidence des calendriers scolaires français et étrangers et les vacances de Pâques tardives ont également eu un effet négatif sur la fréquentation. Un impact qui devrait jouer à nouveau cette saison. |
TRIBUNE LIBRE A JEAN-HENRI MIR,
maire de Saint-Lary-Soulan (Hautes-Pyrénées) |
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« La neige est un investissement que la montagne peut difficilement abandonner. »
«Parmi les communes de montagne, celles qui ont eu la possibilité de développer une station de sports d’hiver sont généralement regardées comme privilégiées puisqu’elles ont su diversifier par le tourisme les revenus de leur économie locale, et générer des ressources substantielles que leur envient celles qui n’ont pas ce potentiel. Mais l’or blanc n’est pas une rente, et le changement climatique nous en montre durement les limites. Avant même que ce dernier ne devienne une cause internationale et un sujet grand public , les stations françaises en ont subi les premiers effets et ont cherché des solutions pour s’en prémunir : diversification de l’offre, couverture assurancielle du risque d’absence de neige, installations d’enneigement artificiel. Aujourd’hui encore, nous restons captifs d’une demande touristique qui continue majoritairement à associer l’image de la montagne avec celle de la neige.
En tant que gestionnaires de stations, il nous revient bien sûr de satisfaire cette demande, mais aussi de la faire évoluer. En d’autres termes, il nous incombe de proposer de la neige à nos clients dans toute la mesure du possible, c’est-à- dire dès lors que c’est techniquement faisable et sans incidence environnementale.
Mais nous avons tout autant l’ardente obligation de nous ingénier à trouver des produits touristiques alternatifs, au besoin combinables entre eux, comme le thermalisme, le thermo-ludisme, ou encore la découverte du patrimoine naturel.
Au-delà des débats scientifiques pour savoir si l’activité humaine contribue ou non au phénomène, et dans quelle exacte proportion, je pense que les professionnels de la neige sont aujourd’hui convaincus que l’aléa de l’enneigement est un risque constant (et probablement croissant) et que l’offre touristique de la montagne doit plus à terme s’affranchir de la neige. Je reste convaincu, qu’avec l’inventivité des montagnards conjuguée à la richesse d’atouts de nos territoires, nous pouvons y parvenir.»
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| La neige de culture, un pal liatif qui a ses limites |
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Envisagé comme une réponse aux difficultés d’équilibre financier des stations de moyenne montagne durant les hivers sans neige du début des années 90, l’enneigement artificiel est devenu aujourd’hui une technologie d’utilisation courante considérée comme une possible variable d’ajustement mais certainement pas comme une garantie à toute épreuve du fonctionnement d’une station.
La France est avec les Etats-Unis et l’Autriche, l’une des trois premières destinations au monde pour les sports d’hiver, devant la Suisse ou le Canada. Elle comptabilise 120 000 emplois l’hiver en station. La présence de la neige conditionnant tout ce secteur économique, 20 % des pistes sont aujourd’hui équipées d’installations d’enneigement (40 % le sont en Autriche ou en Italie).
Un mètre cube d’eau permet de produire entre 2 et 2,2 m³ de neige de qualité moyenne. Le recours à la neige de culture n’est toutefois possible que si certaines conditions de température et d’hygrométrie sont respectées, d’une manière générale à partir de « -2 °C humide » (c’est-à-dire cette température avec 100 % d’hygrométrie, sachant que l’hygrométrie idéale est inférieure à 50 %). La couverture nuageuse, facteur de réchauffement de l’air ambiant, et la température de l’eau, si possible entre 1 et 1,5 °C, ont également leur importance.
Aujourd’hui, le recours à ce procédé tend à devenir systématique pour assurer le début de saison aux dates programmées. Mais les conditions d’utilisation en montrent clairement les limites, et la cantonnent à une technologie d’appoint… à moins de concevoir une évolution des activités de neige vers un cadre totalement artificialisé et non plus en pleine nature. |
| NIVALLIANCE : UN OUTIL SOLIDAIRE D’ADAPTATION MAIS PAS UNE SOLUTION |
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Nivalliance, assurance mutualisée des opérateurs français de domaines skiables contre les aléas d’exploitation a été mise en place en décembre 2001 pour apporter une solution aux opérateurs de domaines skiables en cas de mauvaise saison.
Il s’agit d’un mécanisme de solidarité s’inscrivant dans le cadre de conventions pluriannuel les dont la durée peut être variable : quatre ans pour la première (2001-2005), cinq ans pour la deuxième (2005-2010), trois ans pour cel le en cours (2010-2013). Tous les opérateurs (236 actuel lement) y souscrivent en payant chaque année une prime d’assurance calculée sur la base de leur chiffre d’affaires. En fin de saison, s’ils accusent un retrait au-delà d’une certaine franchise (qui peut al ler de 15 à 40 % de leur chiffre d’affaires de référence), les cotisants percevront une indemnisation pouvant atteindre jusqu’à 12 % de ce chiffre d’affaires.
Comme le font apparaître les chiffres du tableau qui suit , l’historique des primes versées par Nival liance ref lète les aléas de l’enneigement en France au cours de la dernière décennie.
| Saison |
Montant total
des indemnisations |
Nombre de stations
bénéficiaires |
Localisation des
stations bénéficiaires |
| 2001-2002 | 2,5 millions € | 34 | Tous massifs |
| 2002-2003 | 1 534 € | 1 | Alpes-du-Nord |
| 2003-2004 | 98 912 € | 10 | Tous massifs |
| 2004-2005 | 170 577 € | 5 | Alpes-du-Sud |
| 2005-2006 | 0 | 0 | |
| 2006 -2007 | 5 millions € | 118 | Tous massifs |
| 2007-2008 | 759 235 € | 36 | Pyrénées,Vosges,Jura,
Massif central |
| 2008-2009 | 0 | 0 | | |
| 2009 -2010 | 0 | 0 | | |
| 2010 -2011 | 2,6 millions € | 63 | Tous massifs |
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