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Sommaire du PLM 221
| Loi Montagne :
un mauvais rapport |
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Le 3 novembre 2009, François Fillon annonçait
devant les membres du Conseil national de la
montagne (CNM) son intention de lancer un
bilan de la loi Montagne, qui encadre notamment
l’aménagement, l’urbanisme et la protection
des massifs français. Vingt-cinq ans
après sa publication, le Premier ministre souhaitait
disposer d’un diagnostic sur sa mise en
oeuvre et la réussite de ses objectifs. La mission
a été confiée à cinq corps d’inspection de
l’Administration qui ont remis leur rapport en
octobre 2010, et en ont fait une présentation
à la commission permanente du
CNM le 1er juin. Leurs conclusions
ont soulevé un tollé parmi les élus
de la montagne. Figurent en premier
deux constats sur lesquels ils
s’appuient pour fonder leurs propositions:
« Le quotidien des massifs
ne relève pas de la mythique loi Montagne
» et « Il n’existe pas une, mais des montagnes
». A Bonneville, ce rapport était dans
tous les esprits et les ministres présents l’ont
évoqué. Après que le président de l’ANEM,
Vincent Descoeur, eût réaffirmé qu’« il n’est pas
admissible de nier l’identité de la montagne et
le fait montagnard », Bruno Le Maire, ministre
de l’Aménagement du territoire, a asséné que
« ce rapport est un mauvais rapport ». Il a
décidé de réunir le Conseil national de la montagne
ce 17 novembre. |
| Loi Montagne :
un mauvais rapport |
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- « La montagne constitue une
entité géographique, économique
et sociale dont le relief, le climat,
le patrimoine naturel et culturel
nécessitent la définition et la mise en
oeuvre d’une politique spécifique
de développement, d’aménagement
et de protection. L’identité et
les spécificités de la montagne sont
reconnues par la nation. »
(article 1 de la loi Montagne
n° 85-30 du 9 janvier 1985 relative
au développement et à la protection
de la montagne).
- La loi Montagne a été adoptée
à l’unanimité. Sans exemple comparable
en Europe, elle constitue
l’aboutissement d’une réflexion sur les
régions de montagne et leur devenir:
il s’agit de concevoir un projet
de territoire et de développement
équilibré pour la montagne.
- La loi Montagne marque une étape
importante et novatrice dans le
traitement politique et juridique des
espaces géographiques de montagne.
- Avec la loi Montagne, les territoires de
montagne deviennent des espaces de
projet: celui de l’autodéveloppement.
- La loi Montagne a pour finalité
« de permettre aux populations locales
et à leurs élus d’acquérir les moyens
et la maîtrise de leur développement
en vue d’établir, dans le respect
de l’identité culturelle montagnarde,
la parité des revenus et des conditions
de vie entre la montagne et les
autres régions.
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| La loi Montagne
au coeur des débats |
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Le bilan d’évaluation de la loi Montagne commandé par le Premier ministre, François Fillon, était dans toutes les têtes,
lourd, brûlant même. A l’ouverture du congrès de Bonneville, le parti de la montagne se montrait extrêmement
inquiet. En accueillant le ministre chargé de l’Aménagement du territoire, Bruno Le Maire, le président de l’ANEM,
Vincent Descoeur, a affirmé qu’il n’est pas admissible de nier l’identité de la montagne et le fait montagnard.
Le président de l’Association n’est pas
homme de conflit mais de conviction. D’entrée,
il n’a pas mâché ses mots : « Le rapport
d’évaluation qui a été commandé par le Premier
ministre et confié à des inspecteurs
généraux ne nous a pas laissés indifférents,
c’est le moins qu’on puisse dire », a-t-il
déclaré. Avant de clarifier aussitôt son propos
: « Les élus de la montagne ne partagent
ni le constat qui est fait, ni les conclusions
qu’ils jugent irrecevables et en totale contradiction
avec l’esprit de la loi. S’appuyant sur
un diagnostic erroné qui ne reflète pas la réalité
de la montagne, ce rapport apparaît
comme le résultat d’une approche que je vais
qualifier de technocratique, qui traduit une
méconnaissance profonde de notre quotidien
», a précisé Vincent Descoeur. Lequel
dénonce l’idée selon laquelle il n’y aurait pas
une, mais des montagnes.
« La conception qui voudrait que la dilution
des dispositions de la loi Montagne dans le
droit commun rende inutile sa modification
est tout aussi inacceptable pour les élus de la montagne, a encore estimé le président.
Elle porte en elle les germes d’une banalisation
de la montagne et d’une dilution de ce
qui a fait la force de la loi Montagne, c’est-àdire
la spécificité de ses territoires, dans un
concept plus large qui serait celui de la ruralité.
A n’en pas douter ce serait remettre en
cause sa spécificité. Dans le même esprit, at-
il ajouté, oser parmi les perspectives envisagées,
le désengagement de l’Etat, sous couvert
de la refondation du pacte de la nation
avec ses montagnes, n’est pas davantage
acceptable. »
L’humour du président s’est fait grinçant :
« Nous nous inquiétons de savoir si les inspecteurs
généraux ont pris de l’altitude pour
écrire ce rapport, de la hauteur sûrement
pas. » Il relève que le Conseil national de la
montagne n’a pas été assez sollicité et
affirme que l’ANEM réfute l’hypothèse que
les élus auraient peut-être une responsabilité
dans le dynamisme limité des applications de
la loi Montagne.
Vincent Descoeur a demandé au ministre des apaisements et la réunion
du Conseil national
de la montagne afin qu’il
se saisisse de ce rapport
et qu’il puisse proposer
très vite de nouvelles
perspectives de nature à
assurer une deuxième
vie à cette loi Montagne.
Il a rappelé alors un certain
nombre de propositions de l’Association.
Parmi elles, la relance de la politique de la
montagne, le renforcement des prérogatives
et des moyens des institutions représentatives,
au premier rang desquelles le Conseil
national de la montagne, l’identification d’un
ministère en charge de cette politique, la
rédaction d’un code de la montagne, et que
certaines contraintes environnementales
soient prises en compte dans les dotations de
l’Etat. « Nous avons l’ambition que ces propositions
soient la feuille de route pour ce
gouvernement et pour les prochains », a
conclu le président de l’ANEM. |
| EXTRAITS DU DISCOURS DE BRUNO LE MAIRE,
ministre chargé de l’Aménagement du territoire |
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Bruno Le Maire a promis
aux élus de la montagne que
l’Etat sera toujours à leur
côté pour maintenir la qualité
et la vérité de la montagne
française. Le ministre réunira
le Conseil national de la
montagne le 17 novembre.
Principaux extraits
de son discours, le 7 octobre
à Bonneville:
« Ce rapport, je le dis comme je le pense, est un mauvais rapport.»
« Je connais parfaitement vos inquiétudes
concernant le bilan de la loi Montagne.
Patrick Ollier, qui est au gouvernement avec
moi, sait que je travaille avec le plus grand
sérieux possible. Donc, avant de venir,
j’ai lu ce bilan de la loi Montagne. J’ai regardé
attentivement celle-ci, qui date maintenant de
vingt-cinq ans. J’ai regardé le rapport. Je l’ai lu.
Il y a en matière administrative,
et en matière législative des
bons et des mauvais rapports.
Ce rapport, je le dis comme
je le pense, est un mauvais
rapport. Il ne correspond pas
à nos attentes en faveur de
la montagne. Je dis bien
nos attentes, pas spécialement
les attentes des élus de
la montagne. Je suis élu en
Haute-Normandie, une région
absolument magnifique, mais
qui n’a comme seul défaut que
d’être assez peu montagneuse.
Mais il n’empêche que j’ai un attachement,
comme n’importe quel citoyen français,
à la défense de la montagne. Et lorsque je vois
que ce rapport commence par mettre en
avant des notions de ruralité, à essayer de nous
expliquer que l’on peut confondre la ruralité
normande avec la ruralité savoyarde
par exemple, ou la ruralité pyrénéenne,
je me dis que tout cela n’a pas de sens.
Ce sont des réalités et des économies
différentes. Et il n’est pas question de diluer
l’identité de la montagne dans une notion
beaucoup plus vaste de ruralité.
J’ai vu aussi la manière de mettre en avant les
idées de massifs. Bien sûr que les massifs
correspondent à une réalité géographique, à une
réalité économique, peut-être même d’ailleurs
à une réalité sociale ou identitaire.
Il faut en tenir compte mais le message principal
que je veux faire passer ici est qu’il y a une
seule montagne, qu’il y a une solidarité de la
montagne, qu’il y a un fait de la montagne,
qu’il y a une vérité de la montagne et cela
doit être défendu. Alors nous devons tous
regarder ce qui n’a pas fonctionné pour relancer
cette loi Montagne. Relancer aussi les
instruments qui ont été créés. Je pense, en
particulier, au Conseil national de la montagne
(CNM), dont je reconnais bien volontiers
en y prenant toute ma responsabilité, qu’il n’a
pas fonctionné comme il aurait dû le faire.
Par conséquent, je vous l’annonce à la demande
du Premier ministre: je réunirai le CNM le
17 novembre pour nous permettre de discuter
dans le détail du bilan de la loi Montagne,
en associant tous les élus concernés et en
essayant de mettre en place un calendrier de
réunions beaucoup plus régulier que ce qui
existait auparavant. C’est ce qui nous permettra
de relancer une politique unitaire, une politique
coordonnée en faveur de la montagne.
Je suis de tout coeur avec vous. Nous ferons
reconnaître encore davantage la singularité
de la montagne. L’Etat sera à vos côtés
pour maintenir la qualité et la vérité de cette
montagne française. » |
| Les grandes lignes du rapport
rejeté par le ministre |
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Présenté à la commission permanente du
Conseil national de la montagne (CNM) le
1er juin, le rapport a suscité de nombreuses critiques.
Bruno Le Maire ne partage pas le constat
selon lequel l’ambition initiale de la loi Montagne
« s’est rapidement essoufflée et que le
quotidien des massifs lui échappe désormais
largement », du fait selon les auteurs, de l’ambiguïté
liée à l’octroi de compétences sans
véritables moyens, ou au fait que les acteurs
visés ne se sont pas pris en main.
Pointant ensuite de fortes disparités d’un massif
à l’autre, notamment faute d’appropriation
de l’intercommunalité, les rapporteurs dénoncent
« une absence générale de solidarité entre
et même au sein des massifs ». Ils en arrivent
à conclure que « progressivement, les dispositions
de cette loi se sont diluées dans le droit
commun au point de rendre “inutile” sa
modification ». Autant d’assertions irrecevables
pour les élus de la montagne.
Considérant que « le quotidien des massifs ne
relève pas de la mythique loi Montagne » et
qu’« il n’existe pas une, mais des montagnes
», les rapporteurs proposent de choisir
entre trois scénarios pour l’avenir de la politique
de la montagne: la confirmation de la
politique actuelle centralisée par l’Etat et s’appuyant
sur les comités de massif, une montée
en puissance des comités de massif recourant
aux solidarités locales, l’Etat n’intervenant
plus qu’à la marge, ou bien le transfert
total aux Régions de la compétence montagne.
L’intention à peine voilée, et redoutée
par les élus, d’un désengagement de l’Etat
dans la présentation de ces scénarios reste
sans doute parmi les nombreuses lacunes ou
les incohérences du rapport, le motif de rejet
le plus radical. |
| APPROFONDIR DE FAÇON
CONCERTÉE LE BILAN
DES 25 ANS DE LA LOI MONTAGNE |
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L’Association nationale des élus
de la montagne, dans le cadre de son
27e congrès, demande:
- que le Conseil national de la
montagne (CNM) se réunisse au plus
vite et soit saisi du rapport sur le bilan
de la loi du 9 janvier 1985;
- que la commission permanente
du CNM soit chargée par le Premier
ministre de poursuivre les
investigations qui permettront, d’une
part, de faire un diagnostic pertinent
et des recommandations adéquates
et, d’autre part, d’aboutir dans les
meilleurs délais à la rédaction d’un
projet de loi modificatif spécialement
dédié à la montagne, coproduit avec
les élus, qui répondrait de façon
adaptée aux attentes et aux enjeux
que connaissent les populations
et les acteurs socioprofessionnels de
leurs territoires;
- que l’ensemble des mesures
engagées donne un nouveau souffle
pour relancer la politique nationale
de la montagne.
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