|
Sommaire du PLM 221
Dossier "Services publics"
| Intercommunalité :
les élus veulent plus
de concertation |
|
 |
L’ ANEM a toujours vu, dans la coopération
intercommunale et dans l’intercommunalité
de projet, de formidables outils de développement
des territoires de montagne. Les
projets de schémas départementaux ont
pourtant suscité des interrogations, de l’incompréhension
et, bien au-delà, le mécontentement
des élus de montagne qui, souvent,
n’ont pas retrouvé l’esprit de la loi dans
les propositions qui leur étaient faites. La
réforme les rend soucieux à plus d’un titre. Ils
sont notamment très attentifs au respect de
l’exception montagne qui permet de déroger
au seuil minimal de 5000 habitants pour
créer, fusionner ou étendre une intercommunalité.
Et ils sont convaincus de la nécessaire
concertation pour une intercommunalité de
projet. Or, de nombreux adhérents ont saisi
l’Association à propos de projets de schémas
départementaux de la coopération intercommunale
arrêtés par des préfets, qui s’affranchissent
de l’exception montagne, et à propos
du calendrier très resserré qui, dans les
textes, impose leur adoption avant le
31 décembre. Au congrès de l’ANEM, le
ministre chargé des Collectivités territoriales,
Philippe Richert, a assuré les élus de la montagne
qu’il ne s’agit pas d’une date butoir. |
| LES GRANDES AVANCÉES
APPORTÉES PAR L’ACTION
DE L’ANEM |
|
 |
- Pas de seuil minimum de
5000 habitants pour créer
une inter communalité en montagne
alors que c’est la norme sur le reste
du territoire.
- Consultation du comité de massif
pour avis en cas de rattachement
d’une commune à un établissement
public de coopération intercommunal
(EPCI) contre son gré.
- Représentation proportionnelle
des communes et des EPCI de
montagne dans la commission
départementale de la coopération
intercommunale dans les quarante-huit
départements dont le territoire
comprend des zones de montagne.
- Participation minimale d’une
collectivité maître d’ouvrage au
financement fixé à 20 % pour les
communes de moins de 3500 habitants
et les intercommunalités de moins de
50000 habitants.
- Possibilité de cumuler
des financements du département
et de la Région pour les communes
de moins de 3500 habitants
et les intercommunalités de moins
de 50000 habitants, aussi bien en
fonctionnement qu’en investissement.
|
 |
Philippe Richert était manifestement venu
pour déminer le terrain. En quelques
phrases, l’essentiel était dit. « S’il y a des
situations où le contexte local départemental
fait que le schéma départemental ne peut
être adopté pour le 31 décembre, il sera
possible de déroger à cette date afin de se
donner plus de temps. Nous avons décidé
de prendre le temps de la concertation », a
assuré le ministre.
Etaient-ce les conséquences
de l’été indien ou du changement
de majorité au Sénat
quelques jours plus tôt ? La
perspective de l’élection présidentielle
ou une volonté
retrouvée de rassemblement
et de dialogue avec les élus?
« Je crois qu’aujourd’hui il
faut du temps pour s’assurer
de construire une intercommunalité de projet qui soit consentie et en
aucun cas vécue comme subie », avait préconisé
un peu plus tôt le président de l’ANEM,
Vincent Descoeur. Il n’empêche.
A l’évidence, les membres du parti de la montagne
ne s’attendaient pas à entendre,
quelques minutes après, les préoccupations
du ministre des Collectivités locales rejoindre
officiellement les leurs. L’exercice était difficile,
et Philippe Richert a évoqué la décentralisation
en 1982: « Près de trente ans plus tard
il était nécessaire qu’on se retrouve pour se
dire quelles sont les nouvelles organisations
dont nous avons besoin. » La secrétaire générale
de l’Association, Chantal Robin-Rodrigo
n’a pas dit autre chose en déclarant au cours
de la table ronde du lendemain (lire en page
suivante): « Les élus de la montagne ont toujours
été favorables à l’intercommunalité. Ils
ont même été souvent précurseurs en la
matière. Mais il s’agissait d’une intercommunalité réfléchie, consentie, avec un dialogue
avec les élus et sur un véritable bassin de vie.
Cette loi nous amène à une approche encore
plus importante et nous n’y sommes pas
défavorables. Il faut cependant que l’ensemble
des élus concernés sur ce territoire ne
soient pas simplement soumis à l’autorité du
préfet et puissent avoir leur mot
à dire. »
Loi nécessaire donc, et Philippe
Richert en déroule l’histoire:
« Le schéma départemental doit
être arrêté pour le 31 décembre.
Ensuite il devra être mis en
oeuvre au 1er juin 2013. Concrètement,
imaginons que, dans un département,
le schéma soit adopté par la commission
qui doit donner son avis. Eh bien, pour
qu’il s’applique, si l’on fait de nouveaux
regroupements, les communes seront consultées,
les intercommunalités concernées le
seront aussi. Autrement dit, on ne part pas de
l’idée qu’à partir du moment où le schéma
est arrêté, cela s’applique. Ce qui veut dire
que les communes et les intercommunalités
conservent leurs prérogatives. Une fois le
schéma arrêté, il y aura un passage entre le
31 décembre de cette année et le 1er juin 2013,
où nous regarderons si les élus sont d’accord
ou pas. Et la mise en oeuvre du schéma nécessitera
que les élus le soient. Je le répète: s’il
y a des situations où le contexte local départemental
fait que ce schéma ne peut être
adopté pour le 31 décembre, il sera possible
de déroger à cette date pour prendre plus de
temps. »
Chantal Robin-Rodrigo a promis que l’ANEM
resterait particulièrement attentive aux promesses
du ministre |
| JEAN PICCHIONI, Vice-président de la communauté de communes du pays du Grésivaudan |
, |
 |
« Nous avons devancé la réforme territoriale. En 2009,
avec le député de l’Isère, François Brottes, nous avons créé
la communauté de communes du Grésivaudan,
47 communes, 100000 habitants. On pouvait se demander:
“Qu’est-ce qu’on va faire avec ce gros machin?”
Avec le recul nous commençons à évaluer les choses.
En réunissant six communautés et un syndicat qui avaient leur
histoire, qui avaient leurs compétences, il a fallu faire le
tri au niveau de celles-ci. Mais je peux dire qu’à ce jour
le bilan est plutôt positif. Pour le moment, nous nous
sommes accommodés puisque c’est nous-mêmes qui avons
établi nos règles. L’inquiétude, c’est l’élection du conseiller
communautaire, et d’une manière générale, tout ce
qui touche à la gouvernance. » |
| JEAN MILESI, Vice-président du conseil général de l’Aveyron |
, |
 |
« La sécurité juridique du processus ne peut être recherchée
que dans notre Constitution qui organise la libre administration
des collectivités locales et qui précise par ailleurs qu’aucune
collectivité ne doit exercer de tutelle sur une autre. J’ai été
profondément choqué par le rythme effréné d’élaboration des cartes
intercommunales et qu’il est prévu que l’Etat ait
le dernier mot. Je ne peux pas accepter que dans
une réforme territoriale dont nous sommes à la fois les
acteurs et ensuite les éléments essentiels, ce ne
soit pas le territoire qui l’emporte en dernier ressort.
Laissons faire la sagesse des élus de terrain
et nous arriverons à doter le paysage
communautaire de la France de l’image
que nous souhaitons lui donner. » |
Les élus sont favorables à l’intercommunalité
mais à la bonne échelle |
|
 |
Les élus de la montagne ont entendu le ministre des Collectivités
locales, Philippe Richert, essayer de dissiper leurs inquiétudes
en annonçant plusieurs concessions. Ils en ont pris acte mais cela
n’a pas suffi à les rassurer totalement. C’est la secrétaire générale de l’Association
qui a exposé les inquiétudes de tous dès l’ouverture
de la table ronde sur la réforme territoriale:
« Nous sommes favorables à l’intercommunalité
mais nous avons encore
beaucoup d’interrogations, avouait Chantal
Robin-Rodrigo. Les propos de
Philippe Richert, qui a notamment
affirmé qu’il n’existait
plus de date butoir, paraissaient
à beaucoup un peu trop beaux
pour être tout à fait crédibles.
« Il faut s’assurer que la date du
31 décembre n’est plus une date
couperet, a prudemment souligné
en préambule le sénateur
de Savoie, Thierry Repentin. A
ma connaissance, la loi ne le
permet pas. »
Renée Nicoux, sénatrice de la
Creuse, a aussitôt renchéri: « Nous sommes
nombreux à partager les mêmes inquiétudes.
En tant que rapporteur de la commission
départementale de coopération intercommunale
(CDCI) de la Creuse, je peux dire que la
nouvelle intercommunalité qui nous est proposée
l’est au pas de charge.
La différence avec la création de communautés
de communes précédentes, c’est qu’il y
avait un choix de projets, de territoires, et de
bassins de vie entre les communes alors
27e CONGRÈS
qu’actuellement on nous demande de faire
des choix géographiques en ignorant tout des
compétences exercées et des conséquences
fiscales pour les futurs regroupements. »
Jean-Félix Aquaviva, maire de Lozzi, en
Haute-Corse, souhaite lui aussi ne plus être
« confronté à cette marche forcée. Les élus se
trouvent devant une situation de fait où l’intercommunalité
doit répondre à un besoin
d’équipements et à un besoin de développement
et de dynamique. Or, on ne peut pas
faire rentrer deux litres d’eau dans une bouteille
d’un litre. »
De son côté, Christine Brémond, juriste et
spécialiste en finances locales à Mairie-
Conseils, a rappelé que « la marche forcée en
France, ça n’a jamais marché ». A preuve, la
loi sur les fusions en 1971 qui avait été fortement
contestée par les élus, ce qui avait
abouti à très peu de fusions. « Parce qu’on
n’additionne pas les compétences, on les harmonise,
on apprend à se connaître. Tout cela
nécessite discussions et négociations entre les
élus des collectivités qui fusionnent », a-t-elle
poursuivi.
Autre attention portée par Renée Nicoux et de
nombreux autres élus: « Quid des dotations
de fonctionnement puisque nous avons un
pot commun et qu’adviendra-t-il des autres
communautés qui n’auront donc pas droit au
bonus prévu? interrogeait-elle. Je crains
qu’elles soient soumises au pain sec et à
l’eau. » Martial Saddier, qui s’exprimait au
nom du président de l’Association des maires
de France, Jacques Pélissard, a rappelé que
les différentes associations d’élus ont fait passer
soixante amendements sur le texte. Il
n’empêche que nombre d’élus ont le sentiment
qu’en situation de crise économique
générale, l’Etat revient à un réflexe de centralisation
dans la méthodologie et dans le discours
et que tout cela vire à un rapport de
force plutôt qu’à un vrai partenariat. |
| LES ÉLUS DE LA MONTAGNE
POUR UNE INTERCOMMUNALITÉ DE PROJET
FONDÉE SUR LA CONCERTATION
ET LE RESPECT DE LA LOI |
|
 |
« L'Association nationale des élus de la montagne,
dans le cadre de son 27e congrès: prend acte avec satisfaction, conformément à sa
demande, de l’annonce faite par Philippe Richert, ministre
chargé des Collectivités territoriales, devant les
congressistes, que « la date du 31 décembre n’est pas une
échéance couperet. Le schéma départemental de
coopération intercommunale (SDCI) ne sera mis en oeuvre
qu’avec l’accord des élus et demande :
-
la confirmation législative de pouvoir déroger à la date
butoir du 31 décembre pour adopter les SDCI;
-
le respect de la loi accordant un dispositif dérogatoire
aux établissements publics de coopération intercommunale
(EPCI) de moins de 5000 habitants situés en zone
de montagne pour tenir compte de la réalité des
territoires, le dispositif n’excluant pas d’évoluer vers une
réforme de l’intercommunalité cohérente tournée
vers la création, la fusion ou l’extension d’EPCI sur un
même bassin de vie, de service et d’emploi, c’est-à-dire
une intercommunalité de projet;
-
le respect par les préfets de l’avis exprimé
par la commission départementale de coopération
intercommunale (CDCI) au moment de l’adoption
définitive du schéma départemental;
-
la transmission de simulations sur les conséquences
induites par les nouveaux périmètres intercommunaux et
la suppression de syndicats en matière financière
et patrimoniale, laquelle donnerait plus de visibilité
aux élus, ainsi qu’aux personnels.
|
|
 |
|