| DOSSIER : La mobilité durable en montagne |
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Sommaire du PLM 206
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Les montagnards ont toujours été confrontés aux problèmes de l’enclavement,
de l’accessibilité et des moyens de transport adaptés aux contraintes
propres à leur milieu naturel. Il en a découlé la nécessité de s’adapter et
de trouver des solutions pour transporter les voyageurs aussi bien que les
marchandises dans et hors des massifs montagneux, afin de permettre
aux populations permanentes, saisonnières et touristiques de se déplacer.
A l’époque moderne, le câble et le transport par rail sont apparus comme
les méthodes les plus satisfaisantes, même si le transport automobile reste
encore trop privilégié, aux yeux de beaucoup. Mais à l’heure du changement
climatique, du développement durable et de la croissance verte, il
n’est plus question pour les élus et pour les opérateurs, ainsi que pour les
citoyens, de ne pas répondre aux besoins de la demande actuelle et d’anticiper
ceux de demain. Les élus et les divers acteurs économiques de la
montagne veulent valoriser leurs savoir-faire accumulés au fil du temps
ainsi que leur capacité d’innovation, la montagne, où nécessité fait loi, restant
un laboratoire pour l’ensemble des secteurs de la société.
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| Pierre-Louis Roy : «Les transports par câble ont une longue histoire» |
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Historien de la montagne, Pierre-Louis Roy est directeur de la stratégie à SNCF Proximités. Il résume pour PLM la déjà longue histoire du transport ferroviaire et par câble en montagne.
PLM: Depuis quand existent les téléphériques
et à quel moment les hommes ont-ils commencé à utiliser ce moyen de transport ?
Pierre-Louis Roy: Des traces concrètes remontent à 2000 ans. Il a été inventé en Inde, en
Asie et au Japon. Près de l’Himalaya, ce mode
de transport permettait de faire passer les
matériaux par-dessus les nombreuses gorges et
rivières. Les premiers câbles seront construits
par les Allemands pour installer des ascenseurs
dans les mines en 1844, câbles de 1 km de long
et de 4 cm d’épaisseur.
La crémaillère est née en Suisse et aux Etats-Unis au même moment. Il faudra attendre
trente ans pour que la crémaillère dépasse le
cap des 2000 m, puis encore dix ans pour celui
des 3000 m. On arrive ensuite au premier funiculaire
suspendu en Allemagne, en 1901.
Comme il s’agit de zone urbaine, les rails sont
accrochés à des pylônes, car cela coûte moins
cher que d’inscrire la voie sur le sol.
Il reste un dernier pas à franchir en remplaçant
les rails suspendus par des câbles. Ce pas est
fait entre 1905 et 1909 avec l’explosion des
techniques en Europe.
PLM: A quel moment et pourquoi a-t-on commencé à tendre les câbles?
P.-L.R. : Les câbles n’étaient pas tendus car ils étaient très lourds, les ingénieurs craignant les
ruptures. Puis on s’est rendu compte que la
tension n’était pas un problème, mais que la
flexion, c’est-à-dire la déformation du câble par
le passage de la cabine, en était un.
Pendant la Première Guerre mondiale, l’Empire
austro-hongrois et l’Italie s’affrontaient et nombre
de téléphériques servaient à monter les soldats
en altitude. Un jour, un ingénieur autrichien,
qui pensait intuitivement que plus on
tendait, moins cela cassait, ce qui est contreintuitif,
a reçu un câble auquel il manquait
200 m de longueur.
Le général autrichien a voulu renvoyer
le câble à l’usine, mais l’ingénieur l’a
convaincu non seulement de ne pas le
faire mais également de supprimer des
pylônes intermédiaires. On va alors « surtendre » le câble et l’on s’est rendu
compte, en utilisant les soldats comme
cobayes, que cela fonctionnait en toute
sécurité. C’est donc une véritable révolution,
car après la Première Guerre
mondiale le nombre de pylônes nécessaire
pour le téléphérique va diminuer,
ce qui entraînera une baisse des coûts.
PLM: En construisant ce type de transport,
s’est-on dit que cela respectait mieux la
nature ou n’était-ce pas une préoccupation?
P.-L.R: Pour être honnête, ce n’était pas la
préoccupation héritée de la révolution industrielle
et du XIXe siècle. La difficulté était
d’abord financière, avec des modèles économiques
principalement en lien avec la finance,
et des ingénieurs en compétition via les brevets.
Avec cependant un souci d’intégration
dans les sites et un peu d’architecture (parfois
davantage qu’à une certaine époque), mais un
accueil plutôt tranché de la part des habitants.
C’est en effet la grande mutation d’une économie
agricole à une économie touristique. Il y a
ceux qui vont résister un peu en voulant garder
leurs terres et ceux qui vont les valoriser et
accueillir avec bonheur cette forme d’aménagement,
qui est considérée – replaçons-nous
dans le contexte de l’époque – comme durable.
Ce fut estimé comme étant un développement
durable pendant un siècle, même si cela
ne l’est plus aujourd’hui.
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| REPERES : Un objet de scandale |
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D’importantes controverses au
sujet des téléphériques ont émaillé le XXe siècle. Juste avant la
Seconde Guerre mondiale, le
téléphérique de la Meije fit grand
bruit. Une aquarelle réalisée
par l’artiste et écrivain Samivel
fustigea d’ailleurs le projet.
La construction du téléphérique
au Cervin a été arrêtée
par une pétition italo-helvétique
signée par 71 000 personnes.
Au cours de la violente polémique à propos du téléphérique
de la Vallée Blanche, on dénonça
la télécabine comme une « faute de goût », au motif que « pour faire partager la beauté de la montagne, on commence
par la dégrader ».
Enfin, le projet de train à moteur
magnétique en 1970, qui arrivait à 4 700 m dans une grotte
pressurisée sous le Mont-Blanc,
a été stoppé à la dernière
minute par le ministre de
l’Environnement de l’époque. |
| Eric Fournier: «Le tram-train-TER de la vallée de Chamonix illustre bien la dimension communautaire de la mobilité douce» |
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Le maire de Chamonix et
président de la Communauté de communes de la vallée
de Chamonix-Mont-Blanc, Eric
Fournier, vante par l’exemple l’efficacité du partenariat
pour mettre en place un système de
transports publics combinés.
PLM: A quoi sert le train Mont-Blanc Express
depuis 1907 dans la vallée de Chamonix?
Eric Fournier: Il est utile à notre clientèle touristique
et aux habitants permanents. Ce train
est pour nous une fabuleuse opportunité de
concilier le tourisme de demain, l’environnement
et la qualité de vie. C’est pour cela que le
thème de ce colloque, « Mobilité durable », est
significatif et que notre outil s’y inscrit bien en
tant que symbole. En effet, cette ligne à voie
métrique – à écartement étroit entre les rails –,
de Saint-Gervais-les-Bains à Vallorcine, a été construite à la fin du XIXe siècle et au début du
XXe, avec de belles gares. Comme toute ligne de
montagne, elle a fait l’objet de quelques financements
au fil du temps, avec un petit défaut
d’investissement au cours des cinquante dernières
années.
En 1994, on disposait d’une queue de crédit du
ministère de l’Equipement, et le ministre de
l’époque avait dit : « Faites un bout d’étude sur
la manière de mieux sécuriser », puisqu’on
parlait surtout de sécurité à ce moment-là. On
s’est alors demandé si, au-delà de la sécurité,
ce train ne pouvait pas être un super-outil pour
réconcilier le tourisme et la vallée, où il n’y
aurait plus ces problèmes de transport et de
déplacement (nos difficultés de déplacement
sont comparables à celles des vallées avec des
sites touristiques qui ne sont pas exactement
aux mêmes endroits que les lieux de résidences),
donc un lien entre l’écologie, l’environnement
et l’économie.
PLM: Pouvez-vous rappeler ce que sont les « 3x20 »?
E. F. : On prend l’engagement de diminuer de
20 % la consommation d’énergie, de 20 % les émissions de gaz à effet de serre et de couvrir
20 % des besoins en énergie par des énergies
renouvelables. Pour nous, le train est une
manière d’y arriver dans un cadre d’intermodalité rail-remontée mécanique.
Sur la commune de Vallorcine, la partie supérieure
de la vallée, on sort du train et on accède à la remontée mécanique pour rejoindre le
domaine skiable. Notre objectif n’est pas d’amener plus de monde, mais de faire en sorte
que les gens qui se trouvent dans la vallée
aient de meilleures conditions de transport.
Comme vous l’avez souligné, il est impressionnant
de constater que notre clientèle s’est
rapidement habituée à voyager par le train et
que nos habitants ont repris l’habitude du train
eux aussi, ainsi que le montrent les enquêtes
de fréquentation réalisées par la SNCF et le
conseil régional.
PLM: Vous avez mis en place un système de
cadencement avec un train à l’heure. Est-il
possible de mettre en service plus de trains
encore?
E. F. : A ce stade, je dois dire que cela se fait en
partenariat, car les collectivités locales ne sont
pas les autorités organisatrices. En 1994-1995,
la région ne l’était pas, mais depuis elle a pleinement
assumé son rôle sur ce secteur, que ce
soit pendant la mandature où j’ai eu le plaisir
d’être le vice-président, ou lors de la dernière,
au cours de laquelle Bernard Soulage a poursuivi
l’effort entrepris sur cette affaire, qu’il
s’agisse des travaux de modernisation de matériel
ou de l’augmentation de cadencement.
La première étape a porté sur l’augmentation
du cadencement. En gros, on a saturé l’infrastructure
et on ne peut mettre davantage de
trains sur cette ligne. Tout d’abord, avec la
région et la SNCF, qui a fait des efforts d’exploitation
considérables sur cette ligne, on a
augmenté le nombre de trains et on a intégralement
rénové le matériel.
En doublant quasiment l’offre, nous avons pu
constater que la clientèle touristique et permanente
répondait admirablement bien puisqu’on
a eu plus qu’un doublement, donc une élasticité supérieure à 1 de la clientèle. Cela signifie
que les usagers en demandent encore plus.
Ensuite, on essaie, avec l’ensemble des cofinanceurs
habituels, c’est-à-dire la Région
Rhône-Alpes, Réseau ferré de France et, par le
biais de mécanismes complexes, l’Etat, le
conseil général de la Haute-Savoie, d’avoir un
plan d’investissement d’une quarantaine de
millions d’euros afin de nous permettre, à un
horizon rapide (dans les trois ou quatre prochaines
années), de faire passer un train toutes
les demi-heures entre Vallorcine (le point haut
de la vallée) et les Houches (le point bas).
PLM: Combien de kilomètres cela représentet-
il?
E.F. : Une vingtaine de kilomètres. La station
des Houches est située à 8 km en aval de Chamonix,
et Vallorcine à une quinzaine de kilomètres
en amont. Le système est de type
périurbain avec un maximum de connexions
(les responsabilités de l’opérateur urbain sont
importantes) avec les remontées mécaniques
et notre système de bus urbains en libre circulation
(à ne pas confondre avec la gratuité). |
| REPERES : Chamonix choisit la libre circulation |
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Une même carte permet
de prendre le train
ou le bus, que l’on soit
résident permanent
ou simple touriste (elle
est alors délivrée en
même temps que le titre
de séjour, quel que soit le
mode d’hébergement).
Côté financement, pour
le bus urbain, la
contribution, qui s’élève à 3,5 millions d’euros
par an, est assurée
par la communauté de
communes et les
opérateurs de remontées
mécaniques, évitant
ainsi un parking en pied
de piste (qui n’aurait
d’utilité que quarante jours
par an). Pour le train,
l’effort est porté par la Région Rhône-Alpes
au titre de l’augmentation
de la desserte et par
diverses collectivités
locales qui compensent
une partie du titre
de transport. Cela
représente 500 000 euros
supplémentaires par an. |
| Thierry Louis: « L’enjeu, en matière de mobilité douce, se focalise sur le dernier kilomètre d’accès aux stations de montagne » |
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Le secrétaire général de la
mission transports de la
Convention alpine, Thierry
Louis, confirme que l’arc alpin
renferme une grande diversité d’expériences en
matière de mobilité durable.
PLM: Qu’est-ce que la Convention alpine?
Thierry Louis: Il s’agit d’une instance internationale
qui réunit les différents pays de l’arc
alpin sous l’égide des ministres de l’Environnement
de ces pays. Cette convention est extrêmement
vaste et couvre de très nombreux
sujets, que la plupart d’entre vous connaissent,
dont celui des transports. Il existe un groupe
Transports présidé par la France et dont j’assure
la présidence. La Convention alpine
regroupe huit pays (tous les pays de l’arc alpin,
y compris Monaco et le Lichtenstein.)
PLM: Quelles conclusions tirez-vous en
matière d’accès et d’utilisation effective des
moyens de transport durable?
T.L. : Dans le cadre du groupe Transports de la
Convention alpine, des travaux ont été menés,
dans un premier temps, sur la mobilité des
marchandises puis, de 2007 à 2009, sur la mobilité des personnes. Un guide non exhaustif
des bonnes pratiques a été élaboré. Il
recense les pratiques tout à fait intéressantes
dans les pays de l’arc alpin.
PLM: Pouvez-vous citer des exemples de ces
bonnes pratiques?
T.L. : Dans ce recensement figurent le système
Altibus, le système d’autopartage à Grenoble,
le système mis en place par des organismes
comme l’Union nationale des centres sportifs
de plein air (UCPA) pour assurer un transport
de centre urbain dans les stations en utilisant
des cars, ce qui permet de « massifier » les
transports.
Nous n’avons que des exemples alpins car ce
travail a été mené par la Convention alpine.
Mais s’il s’agit effectivement de réalisations des
pays de l’arc alpin, je peux en citer néanmoins
une ou deux dans les Pyrénées. Ce sont là des
exemples de mon expérience passée en tant
qu’ancien responsable de l’Equipement dans
les Hautes-Pyrénées. La mise en place du téléphérique
du pic du Midi est un exemple intéressant
(auparavant, on devait accéder quasiment
jusqu’en haut en voiture).
Ce qui a été fait au Pont d’Espagne, en laissant
le site accessible à pied et en combinant chemins
de randonnée et tronçons par télécabine,
va dans le sens du développement durable.
Si vous voulez avoir plus d’informations sur
ces bonnes pratiques et sur ces exemples, je
vous invite à vous connecter sur le site de la
Convention alpine. Vous y trouverez l’intégralité des dossiers et des documents.
PLM: Quels sont les obstacles au recours aux
transports durables?
T.L. : Les obstacles viennent de la nécessité de
coordonner un nombre d’acteurs relativement
important, comme les autorités organisatrices,
les collectivités à différents niveaux, les opérateurs
qui sont éventuellement en situation de
concurrence. Ce n’est pas forcément toujours
très simple. Pour faire fonctionner ensemble
tous ces rouages, il faut une vraie volonté et travailler
sur la durée. J’ai réellement le sentiment,
notamment en France, que beaucoup de choses
se réalisent. L’exemple de Chamonix (1) est tout à fait instructif, mais il reste énormément de travail à faire. De plus, il y a bien évidemment le
problème du financement. C’est compliqué.
Entre le client, l’usager, les collectivités, qui
doit payer ? Les deux problèmes clés sont là. |
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