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DOSSIER.
Le TOURISME DURABLE fait salle comble au Salon de l’aménagement en montagne

Sommaire du PLM 184
Dossier "Tourisme"

Comme c’est désormais la tradition depuis plusieurs années, Pour la Montagne rend compte du colloque que l’Association a organisé dans le cadre du Salon de l’aménagement en montagne, à Grenoble, le 24 avril dernier. Devant une assistance de plus de deux cents personnes, élus, experts et professionnels du tourisme ont passé au crible des exigences du développement durable la question du tourisme en montagne, 365 jours par an. Les actes du colloque seront prochainement mis en ligne et téléchargeables sur le site de l’ANEM.


Tourisme durable et richesses locales: même combat

La notion de tourisme durable, fort sollicitée dans le discours politique, est aujourd’hui galvaudée. Elle souffre d’une indétermination, dissipée par Hugues François, docteur en aménagement du territoire, dans son rapport introductif.
D’abord consacrée au niveau international, la notion de tourisme durable imprègne fortement les politiques touristiques mises en oeuvre par les collectivités territoriales. Selon Hugues François, la notion renvoie à la valorisation des richesses locales, ce qui suppose de rompre avec le modèle de développement touristique hérité des années 70, caractérisé par l’absence de lien fort avec le territoire, et dans lequel les aménagements et les équipements primaient sur la préservation des richesses naturelles et des paysages.
L’environnement de la montagne est une richesse, un patrimoine naturel à promouvoir (songeons seulement aux savoir-faire locaux qui s’expriment dans des produits d’origine territoriale). Les acteurs de la valorisation sont nombreux, et sans doute faut-il penser en termes de réseau d’acteurs, au sein duquel les collectivités territoriales et les professionnels privés du tourisme oeuvreraient de concert.


Il est temps de passer de la réflexion à l’action

A l’occasion de sa 18e édition, le rassemblement international des professionnels de l’aménagement de la montagne devenait le Salon mondial de l’aménagement durable de la montagne. Le choix de l’Association de faire du tourisme durable le thème de son colloque était dès lors particulièrement approprié.

Le colloque que l’ANEM organise traditionnellement dans le cadre du Salon de l’aménagement en montagne était consacré, pour cette 18e édition, au tourisme durable en montagne, 365 jours par an. Le succès de lamanifestation a dépassé les attentes des organisateurs, puisque l’on enregistra plus de deux cents participants, ce qui constitue une affluence remarquable, la plus importante de tous les colloques et tables rondes qui se sont tenus pendant les trois jours du salon.
La salle Belle-Etoile, du centre de congrès Alpexpo, n’était d’ailleurs pas assez grande pour accueillir les nombreux visiteurs désireux de suivre les travaux.
Sur le fond, ce colloque achèvera de convaincre les sceptiques qui auraient pu encore douter de l’implication forte des élus de montagne en faveur du développement durable. Leur conversion aux exigences environnementales n’est plus à démontrer, ainsi que le soulignait, dans son propos introductif, le président de l’Association, Martial Saddier.
Bernard Soulage, premier viceprésident du conseil régional Rhône-Alpes, représentant en la circonstance le président de la Région, Jean-Jack Queyranne, abondait dans son sens, relevant que partout en Europe, notamment dans l’Arc alpin, on assiste à une «révolution des esprits», désormais – et sans doute irrémédiablement – ouverts aux préoccupations liées à la préservation du patrimoine naturel.

Large consensus sur l’urgence à agir

Au cours des débats, des thèmes majeurs liés au tourisme durable se sont imposés à la discussion, outre ceux qui faisaient l’objet d’une intervention officielle, que mentionne ce dossier. Il en est notamment ainsi de la question des transports, qualifiée d’«essentielle» par le représentant de la Caisse des dépôts, qui rappelait dans son propos liminaire que 85 % de ce qu’il est convenu d’appeler «l’empreinte climatique», concrètement la production de gaz à effet de serre, provient des transports.
Au-delà d’un constat largement partagé, les intervenants se sont accordés sur le fait qu’il est urgent de ne plus attendre pour agir en faveur du tourisme durable. Dans sa synthèse, le secrétaire général de l’Association, Henry Nayrou, résumait fort justement l’état d’esprit des participants : «Dans un colloque on parle, et c’est bien ; mais il est mieux d’agir. »


  • Les élus de montagne sont convaincus que le tourisme n’a d’avenir qu’à travers une approche de développement durable.
  • Les collectivités ont une carte à jouer en contribuant à l’élaboration d’une offre attractive et concurrentielle sur leur territoire.
  • La diversification de l’offre passe autant par les activités proposées que par les clientèles visées, afin de tendre à une économie de flux permanent.

L’innovation en mouvement au sein des territoires de montagne

La dimension économique du tourisme durable a une signification bien particulière. Il ne s’agit pas de concevoir le tourisme comme une activité économique exclusivement lucrative. Bien au contraire, il s’agit de promouvoir les richesses locales, de les valoriser, le cas échéant par des mesures incitatives allant dans le sens de l’innovation, par exemple.

Toute politique de développement durable du tourisme, parce qu’elle se déploie dans un secteur fortement concurrentiel, doit être conçue, puis mise en oeuvre, en considération des objectifs d’attractivité et de dynamisme des territoires. Sylvie Gillet deThorey, viceprésidente du conseil régional de Rhône-Alpes, en charge des dossiers tourisme et montagne, devait insister sur cet aspect particulier du tourisme durable, au demeurant inscrit dans le schéma régional de développement du tourisme et des loisirs de Rhône-Alpes, qu’elle présentait, notamment, dans son intervention.
En matière d’offre touristique, aujourd’hui, tout produit, voire certains paysages, peuvent être délocalisés (il existe une offre de montagne, une offre de ski de qualité, en Bulgarie ou en Slovaquie, par exemple) cependant que, du point de vue de la demande, la clientèle est particulièrement volatile.

Améliorer la communication pour fidéliser

Il est donc impératif de fidéliser aux territoires – et non plus à la station – les consommateurs étrangers, mais aussi locaux, par des actions de commercialisation et des campagnes de promotion.
Le rôle des collectivités territoriales n’est pas neutre à cet égard. Le conseil régional Rhône-Alpes, par exemple, agit pour accompagner le dynamisme économique des territoires de montagne, à travers un fonds d’innovation. Concrètement, la région finance, dans le cadre d’un territoire écotouristique qui ne se limite pas à la station ou à la commune, mais s’inscrit dans une structure intercommunale, des appels à projets innovants.
Dans le même sens, elle a récemment lancé un ambitieux programme de soutien et d’accompagnement en faveur des « territoires remarquables de montagne ».
Comme on le voit, les initiatives sont nombreuses. Sans doute, elles gagneraient à ce que l’Etat s’y associe davantage, à travers leur cofinancement.


Des actions volontaristes au bénéfice de la moyenne montagne

La dimension sociale du tourisme durable est fréquemment oubliée au profit des volets économique et environnemental. Pourtant, en moyenne montagne notamment, elle est cruciale. Elle s’exprime à travers des politiques de soutien ou d’accompagnement mises en oeuvre en faveur de zones en difficulté ou de populations vulnérables.

Le témoignage de Christian Pichoud, vice-président du conseil général de l’Isère, en charge de l’économie touristique et de la politique de la montagne, et celui de Dominique Ktorza, directrice des politiques sociales à l’Agence nationale pour les chèques vacances (ANCV), de même que les débats qui ont suivi, devaient illustrer ces deux aspects de la dimension sociale du tourisme durable.
Il est ainsi possible de qualifier de sociale toute politique d’aide à la diversification pour les petites stations de moyenne montagne, comme le met en oeuvre, par exemple, le conseil général de l’Isère au bénéfice des stations de l’agglomération grenobloise, rompant ainsi avec une « logique de guichet », longtemps caractérisée par des subventions en direction des domaines skiables.
L’approche sociale du tourisme durable suppose par ailleurs de concevoir l’offre touristique au-delà de la seule station. En ce sens, comme l’exposait Christian Pichoud, un lac, bien que situé à quelques kilomètres d’une station, doit être intégré à une offre touristique globale, car il participe aussi de la valorisation d’un territoire, le cas échéant de la culture locale.
S’agissant de l’accompagnement des personnes vulnérables, l’action de l’ANCV est particulièrement emblématique. Son programme Seniors en vacances, lancé en 2008, a un impact économique et social certain ; en allongeant la saison touristique (circonstance permettant demaintenir dans l’emploi les travailleurs saisonniers). Sylvie Gillet de Thorey témoigne du rôle stratégique d’un schéma régional pour développer une offre attractive.
En termes de retombées financières, 1euro investi au titre de ce programme entraîne 1,8 euro de recettes induites sur le territoire de la collectivité concernée.


Dépassionner le débat sur la neige de culture

La question de la neige de culture ne pouvait être absente d’un colloque sur le tourisme durable. Ainsi que l’ont montré les débats, la question doit être abordée avec objectivité.
A n’en pas douter, Laurent Stefanini, ambassadeur de France délégué à l’environnement, qui représentait au SAM le ministre Jean-Louis Borloo, et honorait de sa présence le colloque de l’Association, aura écouté avec un intérêt particulier les interventions des participants relatives à ce sujet, présenté comme sensible. Pourtant, à la lumière des débats, il ressort que la question de la neige de culture doit être considérée sans a priori, ni présupposé, ainsi que le rappelait le président de l’ANEM, Martial Saddier.
Surtout, la réponse ne peut être univoque et valable pour l’ensemble des massifs. L’altitude, le versant, le bilan énergétique, de même que le potentiel de clientèle sont autant de critères qui peuvent déterminer des collectivités territoriales à faire le choix d’investir dans des équipements de neige de production. En la matière, il est de bonne méthode de se positionner au cas par cas, ainsi que le suggérait dans sa synthèse des travaux le secrétaire général, Henri Nayrou, lorsqu’il se prononçait en faveur d’un «code de bonnes conduites ».


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