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RÉFORME DES COLLECTIVITÉS LOCALES

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DOSSIER.
Education au développement durable
Dessine-moi la montagne

Sommaire du PLM 181

« C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain ne l’écoute pas. » (Victor Hugo). Pour conjurer cette mésentente entre l’homme et la nature, la commission Brégeon, investie d’une mission interministérielle sur l’éducation au développement durable (EDD), a rendu son rapport fin janvier. Ce document demande la généralisation de l’éducation à une vision globale du développement durable. Car si ce dernier « repose sur la conscience de l’interdépendance entre l’homme, ses activités, les modalités d’organisation sociale et l’environnement », il s’agit d’une philosophie qui implique une mutation généralisée des esprits. L’ANEM a participé à cette réflexion(1) lucide sur l’urgence à agir pour faire en sorte que l’homme et la nature grandissent ensemble, durablement et équitablement.

(1) voir «PLM» N° 180 de février 2008


Renforcer la dimension éducative du développement durable

L’éducation au développement durable (EDD) est une méthode pour l’action qui s’appuie sur l’équité sociale, la qualité de l’environnement et la performance économique. Le rapport final du groupe de travail envisage concrètement des solutions pour mettre en oeuvre ce plan éducatif, à travers la pédagogie, les partenariats, la formation et les financements nécessaires.

Issue du Grenelle de l’environnement, la mission de ce groupe de travail, qui comprend quatrevingts personnes réparties en cinq collèges, vise essentiellement à renforcer la dimension éducative d’une politique globale de développement durable.
Plan de déplacements habitation / école (ou Pédibus), passeports écocitoyens pour les élèves, conseils d’enfants et d’élèves traitant de citoyenneté, de santé et d’environnement, gestion d’un jardin (réel ou virtuel) dans les établissements d’enseignement, label « éco-école » sont autant de projets opportuns qui s’inscrivent dans cette mouvance.
La stratégie ainsi proposée tourne autour de plusieurs axes: la pédagogie, les thématiques, la formation de la communauté éducative et des autres acteurs, les acteurs partenaires, les partenariats et les ressources.
S’agissant de la pédagogie, l’EDD s’envisage dans tous les types d’établissements à tous les niveaux. Pour cela, il est suggéré de multiplier les guides et documents de mise en oeuvre (notamment supports numériques). Surtout, l’EDD n’étant pas une discipline, doit s’intégrer au sein de chaque enseignement.

Un effort de formation tous azimuts

Des «stages en entreprises, ou dans les collectivités pour les enseignants, des formations effectuées par des partenaires associatifs et institutionnels» peuvent être imaginés, sous forme de coopération.
Le rapport préconise également l’ouverture de chaires universitaires, la formation des décideurs publics et privés via un institut des hautes études en développement durable. Surtout, un schéma national coordonnera les efforts de formation.
Une charte nationale fixera les règles d’un partenariat entre établissements scolaires et structures privées et publiques (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie - ADEME -, Agences de l’eau,Office national des forêts -ONF -, etc.), tandis que des agréments et certifications seront proposés pour les partenariats.
Enfin, concernant les ressources, la commission recommande la création d’une Fondation nationale pour l’EDD, qui aurait vocation dès 2009 à « soutenir lamise en oeuvre du schéma national, à apporter des aides à des projets ». A partir d’avril 2008, des groupes de travail thématiques vont se réunir pour assurer le suivi des propositions qui traiteront en priorité les aspects budgétaires.
Il semble donc acquis que l’EDD pourra prendre son envol.


L’Education nationale est convoquée

Pour assurer la réussite de ce projet de grande ampleur, la prise de conscience doit être rapide et centrée sur les générations montantes. En cela, l’Education nationale, en tant qu’institution, est convoquée comme le pilier du succès de cette transformation sociétale. Une analyse psychosociologique qui a nourri le rapport répond à la question: « Comment faire pour que cela devienne un vent de réalité? »

Si le développement durable est passé dans la sphère des opinions, il n’est pas encore réellement entré dans la sphère des comportements. Quelle méthodologie adopter pour que de tels changements voient le jour dans l’Education nationale et au-delà ? Des réponses peuvent être apportées.  Les sociétés sont confrontées à des réalités qui nécessitent de nouveaux regards. De nouvelles perspectives doivent donc être élaborées.

  • Il doit être introduit dans l’éducation des élèves (et citoyens) la morale des Si le développement durable est passé dans la sphère des opinions, il n’est pas encore réellement entré dans la sphère des comportements. Quelle méthodologie adopter pour que de tels changements voient le jour dans l’Education nationale et au-delà ? Des réponses peuvent être apportées.
  • Les sociétés sont confrontées à des réalités qui nécessitent de nouveaux regards. De nouvelles perspectives doivent donc être élaborées.
  • Il doit être introduit dans l’éducation des élèves (et citoyens) la morale des conséquences, soit la connaissance des effets pervers de l’effet balancier (un projet, qui initialement participe du développement durable, peut s’avérer avoir également des conséquences néfastes sur l’environnement naturel et humain, tels les biocarburants, qui semblent poser question actuellement).
  • Il faut inventer un plan d’économies intégrant le développement durable.
  • Le changement ne se décrète pas, il doit être accepté, partagé et compris. Les professeurs devront ainsi accompagner le changement d’attitude en par- Le rapport du groupe de travail interministériel sur l’éducation au développement durable est consultable en ligne sur www.anem.org tageant cette mutation avec les élèves, car l’autorité ne suffira pas.
  • Des parrainages d’activités peuvent être envisagés pour ne pas placer le professeur directement en enseignant du développement durable (qui ne maîtrise pas entièrement la matière), mais comme un accompagnant d’une activité éducative.
  • Intégrer des sujets relatifs au développement durable dans les concours induira que c’est une matière acquise par les nouvelles générations de professeurs et donc plus facilement enseignée par eux.
  • Multiplier les projets éducatifs de terrain, tels que les jardins virtuels ou réels liés à un établissement, permet d’intérioriser le développement durable, pour en faire un réflexe d’implication personnelle, tant sur le plan local que global. Des jumelages internationaux ou interrégionaux entre établissements (« Que se passe-t-il dans ton jardin et dans le mien? ») susciteraient un apprentissage plus rapide et plus aisé que si les projets restaient locaux.

Globalement, il est demandé à l’Education nationale de se mettre aux normes environnementales, de faire la promotion des bonnes pratiques dans l’ensemble de ses activités et de multiplier les partenariats, notamment avec les médias.


Une nouvelle initiative mise en oeuvre

Un nouveau projet d’éducation au développement durable vient de voir le jour: le Grenelle de l’environnement à l’école. Impliquer tous les élèves des collèges et des lycées dans les conclusions du Grenelle de l’environnement, en leur permettant de présenter des projets concrets découlant de ses conclusions. Ils seront ensuite sélectionnés et mis en valeur par le parrain de cette initiative, Nicolas Vanier, aventurier ayant parcouru les endroits les plus reculés ou hostiles de la planète (le Grand Nord en traîneau à chiens).


Jacques Brégeon: « Nous allons passer de l’ère de l’expérimentation à celle de la généralisation par l’intégration et le partenariat. »

Jacques Brégeon, professeur à l’Ecole centrale de Paris et directeur du Collège des hautes études de l’environnement et du développement durable, est également président du groupe de travail interministériel sur l’éducation au développement durable.

PLM : Quelles sont,pour vous, les actions prioritaires à mettre en oeuvre immédiatement?
Jacques Brégeon : Il faut d’abord créer les conditions de l’implication de tous les responsables de la sphère éducative, et donc, naturellement, des enseignants. Le développement durable interpelle en effet chacun de nous en tant qu’individu, citoyen, père ou mère de famille; il nous interpelle également dans notre dimension professionnelle, certains métiers étant sollicités plus que d’autres, notamment les enseignants.
Il faut ensuite permettre un déploiement pédagogique adapté à la nature du développement durable, qui est plus une philosophie pour l’action qu’un champ extrapolé de l’environnement. Cela veut dire favoriser l’intégration au sein de chaque discipline, trouver les moyens d’approches réels liés à un établissement, permet d’intérioriser le développement durable, pour en faire un réflexe d’implication personnelle, tant sur le plan local que global. Des jumelages internationaux ou interrégionaux entre établissements (« Que se passe-t-il dans ton jardin et dans le mien? ») susciteraient un apprentissage plus rapide et plus aisé que si les projets restaient locaux. Globalement, il est demandé à l’Education nationale de se mettre aux normes environnementales, de faire la promotion des bonnes pratiques dans l’ensemble de ses activités et de multiplier les partenariats, notamment avec les médias. co et pluridisciplinaires et mettre enoeuvre des actions en partenariat hors les murs de l’école pour faire l’apprentissage du développement durable sur le terrain et avec les acteurs des territoires.
C’est d’ailleurs dans ce cadre que les classes vertes, de neige ou de montagne, peuvent s’intégrer. Si l’approche scientifique, objective, rationnelle, est bien sûr nécessaire, l’approche sensible ne l’est pas moins, et c’est bien par le contact avec la nature que les enfants peuvent en faire l’expérience.

«La première condition de la réussite, c’est l’appropriation des enjeux par la sphère éducative.»

Il faut par ailleurs souligner que la mise en démarche de développement durable de tous les établissements, à tous les niveaux, sera le principal levier par lequel nous souhaitons que la sphère éducative s’imprègne.
PLM : Plus globalement, quelles sont, selon vous, les conditions de réussite de ce plan en faveur de l’éducation au développement durable?
J.B. : Nous avons en fait proposé un véritable « schéma national pour l’éducation et la formation au développement durable », qui permettra de passer de l’ère de l’expérimentation à celle de la généralisation par l’intégration et le partenariat. C’est un changement d’échelle considérable !
L’effort à produire en termes de formation des responsables et des acteurs directs de la sphère éducative est énorme. Il lui faut en effet s’approprier le développement durable avant d’être en mesure de l’enseigner et de le promouvoir au sein de la société par le biais de la formation permanente.
La première condition de réussite de ce plan d’action, c’est l’appropriation des enjeux par chacun des agents de la sphère éducative. C’est cela qui motive et donne envie de faire pour soi et, surtout, pour les générations futures, qui se trouvent aujourd’hui dans les classes. La deuxième condition, c’est la capacité des institutions d’éducation et de formation à conduire et accompagner cette mutation profonde.
On voit que l’essentiel n’est pas dans le déploiement de moyens matériels, mais dans la compréhension des enjeux et dans la volonté de faire.


« Va prendre tes leçons dans la nature. » (Léonard de Vinci)

Dans le cadre de ce groupe de travail, l’ANEM a formulé des propositions relatives notamment au plan de relance des classes de découverte. Extraits.

Les classes de découverte des territoires de montagne devraient permettre aux élèves de connaître ces lieux à haute qualité environnementale en toutes saisons.
Contenu pédagogique des classes de découverte en zone de montagne

  • Rencontre avec des acteurs du développement durable en montagne, dans les domaines de l’agriculture, de la forêt, de l’eau (visite d’un barrage, découverte d’une rivière, etc.) et notamment des acteurs (industriels, entrepreneurs, associations, etc.) dont l’activité est particulièrement vertueuse pour le développement durable de ces territoires.
  • Activités culturelles, ludiques et sportives qui impliquent l’apprentissage et la réflexion de l’homme et l’environnement naturel (musée, patrimoine ancien, randonnées pédestres, découverte de la faune et de la flore, canyoning, visites de sites archéologiques, sports de saison, etc.).
  • En coopération avec les agences de l’eau des différents massifs, organiser des classes d’eau en montagne; en partenariat avec l’ONF et autres acteurs de la forêt, organiser des classes d’arbres.
  • Jouer sur l’interdisciplinarité de l’éducation au développement durable : histoire, sciences de la vie et de la terre, langues étrangères (les Alpes et les Pyrénées sont deux massifs transfrontaliers, possibilité d’accueillir dans des centres à la frontière des classes de nationalités différentes). Personnes relais
  • Une personne ressource dans chaque académie et rectorat.
  • Un chargé de mission « classes de découverte » au sein du ministère de l’Education nationale pourrait être l’interface entre ce ministère, le ministère du Tourisme, les régions, les départements et les différents partenaires publics ou privés. Son action passerait par la préparation d’une campagne de communication et de promotion des classes de découverte orchestrée par les ministères de l’Education nationale et du Tourisme.
    Un dossier type pour les départs en classe de découverte, unique et valable sur tout le territoire, pourrait être édité par le ministère.

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