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Environnement

Sommaire du PLM 179
Dossier "Environnement"

Entretien
Jean-Marc Moriceau: «La peur du loup n’est pas qu’un fantasme»

Historien à l’université de Caen et président de l’Association d’histoire des sociétés rurales, Jean-Marc Moriceau vient de publier un ouvrage sur la réalité des attaques du loup sur l’homme, après avoir rassemblé une base de données concernant 85 départements, sur plus de 3000 attaques, entre le XVe et le XXe siècles.

PLM: Le nombre élevé et la dispersion géographique de témoignages concordants et officiels suffisent-ils à établir une réalité scientifique sur l’aptitude du loup à attaquer l’homme?
Jean-Marc Moriceau: Assurément. Même si le loup a été longtemps diabolisé comme l’un des fléaux de l’Apocalypse, au même titre que la peste, la guerre et la famine, il ressort de toutes les sources retenues pour leur fiabilité incontestable (état civil, actes de sépulture, registres des hôpitaux, rapports d’enquêtes, livres de raison( 1)), une indéniable authenticité des faits. La France a bel et bien connu une époque où le loup s’en prenait réellement à l’homme. Il faut toutefois distinguer le loup prédateur (qui par nature s’en prend aux proies faciles, donc aux enfants et aux femmes) du loup enragé qui attaque le premier venu (et donc le plus souvent des hommes).
PLM: Dans nombre de témoignages que vous rapportez,on est frappé par le fait que le loup semble s’attaquer prioritairement à l’homme plutôt qu’au bétail. Comment cela s’explique-t-il?
J-M.M. : DuMoyenAge au début du XIXe siècle, guerres et famines parsèmentmourants et cadavres dans les campagnes. C’est à ces époques que le loup a pris goût à la chair humaine. Par ailleurs, il faut garder à l’esprit que les gardiens de troupeaux étaient alors des enfants ou des jeunes filles, et que les animaux gardés étaient le plus souvent des bovins, ceci expliquant assez facilement cela.
PLM: Le retour des attaques du loup sur l’homme peut-il s’envisager?
J-M.M. : Je ne crois pas, car le contexte a considérablement évolué, tant sur le plan sanitaire que technologique. Des siècles d’éradication acharnée ont dû avoir raison de cette appétence pour l’homme.Maismon ouvrage rappelle au moins deux facteurs sous-estimés : la propension du loup à se disséminer jusqu’aux portes des villes, et sa dangerosité envers l’homme, aussi résiduelle soit-elle, notamment dans les failles qu’il laisse ouvertes dans la gestion du territoire.

(1) Journaux intimes


3 000 attaques de loup sur l’homme en France

Sur plus de 600 pages, cet ouvrage passionnant retrace avec objectivité sur près de cinq siècles les multiples attaques du loup contre l’homme, apportant la preuve de sa dangerosité et restaurant une réalité occultée dans le débat d’aujourd’hui concernant ce prédateur. Sur la base d’un travail recourant aux archives de 85 départements, les quelque 3000 attaques recensées et analysées, qui ne constituent qu’une minorité des documents officiels sur le sujet, l’auteur procède par extrapolation à une évaluation du nombre de victimes, qui au plus fort des attaques (1693- 1694) aurait atteint 600 à 800 par an. Recourant fréquemment à la citation de larges extraits bruts de documents, on se retrouve en prise avec une réalité ressurgie du passé qui nous fait considérer d’un oeil nouveau le regard porté sur le retour du loup.

Jean-Marc Moriceau Histoire du méchant loup: 3000 attaques sur l’homme en France. Ed. Fayard, 623 p., 30 €.


INTERNATIONAL
L’UICN s’intéresse aux collectivités

Le comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a engagé une réflexion sur la reconnaissance du rôle que peuvent remplir les collectivités territoriales au regard de la préservation de l’environnement. Cela pose avant tout le problème d’une définition universelle de la collectivité territoriale.

Le groupe de travailmis en place l’été dernier, à l’initiative et avec le concours de la Fédération nationale des parcs naturels régionaux, regroupe divers membres du comité français de l’UICN(1), auxquels se sont joints Mairie- Conseils, l’Association desmaires de France (AMF), et l’ANEM. Il a orienté ses réflexions sur deux axes distincts: en premier lieu, la tentative de formuler une définition sur le plan international de la collectivité territoriale, puis l’éventualité d’établir une stratégie de préservation des milieux et de la biodiversité qui les implique et puisse leur être proposée.
La question de la définition universelle de la collectivité territoriale est complexe car elle doit pouvoir s’adapter à la grande diversité de situations des structures étatiques, notamment en termes de déconcentration et/ou de décentralisation, notamment au regard des compétences permettant d’intervenir plus ou moins directement sur le patrimoine naturel.

Modification des statuts en vue

L’enjeu est toutefois d’importance, car une fois réglée cette épineuse question, le groupe s’est donné pour objectif de réfléchir à une modification des statuts de l’UICNpour permettre l’adhésion des collectivités au sein d’un collège spécifique.
Par ailleurs, les membres du groupe de travail se déclarent convaincus du rôle crucial que peuvent jouer les collectivités territoriales dans la gestion de l’environnement au quotidien et dans la proximité. C’est pourquoi, simultanément à l’objectif de permettre aux collectivités de contribuer, à part entière, au fonctionnement de l’UICN, ils souhaitent pouvoir proposer des actions types auxquelles elles pourraient souscrire. En termes de calendrier, le fruit de ces travaux vise le prochain congrès de l’UICN, à Barcelone, en octobre 2008.

(1) Le comité français de l’UICN compte 42 membres, soit institutionnels (Muséum d’histoire naturelle, Office national de la chasse…), soit associatifs (CIPRA-France, Club alpin français, notamment)

 

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