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Dossier : Festival des métiers de montagne

Sommaire du PLM 168

Des savoir-faire… au faire savoir

Le rendez-vous biennal du Festival des métiers de montagne à Chambéry ne dément pas son succès.
Cette année encore, la 13e édition de cette manifestation, présidée par la ville de Chambéry et l’ANEM, a rassemblé durant quatre jours, entre le 23 et le 26 novembre 2006, plus de 25000 personnes, professionnels et étudiants en recherche d’orientation, mais aussi élus, représentants d’organismes sociaux et d’administrations, scolaires ou simples curieux.
Car l’originalité et la réussite du festival, quitte à en dérouter certains, c’est avant tout de mêler tous les publics et de les confronter à l’exhaustivité des savoir-faire de montagne (et ils sont nombreux), soit par la démonstration soit par le discours. Cette année encore, la multiplicité des carrefours et des débats a permis d’évoquer l’actualité du travail en montagne, en témoignant de la réalité des difficultés et des attentes. « PLM » s’en fait l’écho dans son dossier.

Installé au coeur de la ville de Chambéry, le Festival des métiers est venu, comme tous les deux ans, à la rencontre de ses visiteurs. Organisé autour du pôle bien connu que constitue le Manège, il a été le cadre de riches débats sur la spécificité des métiers de montagne.
L’édition 2006 du Festival des métiers de montagne a été marquée par une organisation concentrée en un lieu unique, choix qui devait, assurément, contribuer à la convivialité de l’événement.

Un espace dévolu aux savoir-faire artisanaux

Ainsi, devant le centre de congrès le Manège, de nombreux artisans, réunis sous un chapiteau au sein de « l’espace Montagne », assuraient la promotion et la transmission de leur savoir-faire. L’ambiance y était festive, en contrepoint du sérieux des carrefours thématiques.
Fait marquant cette année, la forte présence d’un public jeune. De nombreux écoliers et lycéens, arpentaient avec intérêt les allées du festival et fréquentaient assidûment l’espace neige, dont les dimensions avaient été accrues, permettant la pratique du ski alpin et celle du ski de fond.
En somme, le Festival des métiers devait clore avec succès une année 2006 particulièrement riche pour Chambéry. L’ancienne capitale du duché de Savoie honorait ainsi son titre de « Ville des Alpes 2006 », qui lui avait été reconnu par un jury international, fin 2005.


Secours en montagne
Pour une bonne complémentarité
entre pompiers et pisteurs secouristes

Le carrefour consacré aux sapeurs-pompiers dans le secours en montagne a été l’occasion de rendre compte du système original de planification territoriale des secours appliqué en Savoie depuis plus de quarante ans.

Avec près de 250 interventions par an, les sapeurs-pompiers de Savoie ont une expérience certaine du secours en montagne. Encore faut-il préciser qu’elles portent principalement sur des accidents survenus dans le cadre d’activités de randonnée pédestre ou de VTT, même si de plus en plus, à la demande des gestionnaires de pistes, les sapeurs-pompiers sont appelés sur les domaines skiables.
L’originalité du plan départemental des secours en Savoie consiste, s’agissant des opérations de secours en montagne, en une répartition territoriale d’exclusivité d’intervention de l’un ou l’autre des acteurs du domaine des secours : pompiers, pisteurs secouristes, peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM).
Le groupe montagne des sapeurs-pompiers (GMSP) de Savoie n’a donc en principe vocation à intervenir que sur l’arrondissement de Chambéry, même si ses effectifs sont répartis sur tout le territoire départemental et peuvent être appelés à tout endroit à la demande d’autres corps d’intervention.
L’enjeu principal réside dans une coordination optimale de tous les moyens de secours mobilisables, en assurant l’orientation des appels de la façon la plus pertinente afin de mobiliser au cas par cas les ressources techniques et humaines les mieux adaptées.


Médecine de montagne
L’urgence d’une réponse adaptée à l’hémorragie

En territoire de montagne, la médecine de ville est malade. Elus locaux et professionnels de la santé se sont portés à son chevet. Une thérapeutique de choc ne semble plus pouvoir être différée.

Alors que la demande de soins croît à mesure de l’afflux de touristes, l’offre est en diminution constante. Dans certains secteurs, ce phénomène de désertification est particulièrement critique : c’est le cas des urgences, comme s’en est alarmé le Dr André Béchet, chef du service SAMU 73. La reprise des cabinets par de jeunes médecins est rare. Ceux-ci acceptent difficilement, en effet, les pénibles conditions de travail en montagne. Qu’on en juge : quatre-vingts gardes par an pour un médecin exerçant en station, contre quatre pour son confrère en zone urbaine.

Comptabiliser les populations touristiques

A cela s’ajoutent d’autres obstacles : prix de l’immobilier, frais de transports, contingences administratives…
Elus et professionnels de la santé conviennent du peu de pertinence des critères retenus par les missions régionales de santé aux fins de définition des zones sous-médicalisées.
Ainsi que le soulignait Michel Bouvard, député de la Savoie, la détermination de la densité médicale en montagne commande, pour être fidèle à la réalité, d’intégrer la population touristique dans le mode de calcul. A cet égard, il juge réducteur de se limiter à la population au sens de la dotation globale de fonctionnement, qui ne prend en compte qu’un seul habitant supplémentaire par résidence secondaire.
Au demeurant, pour assurer une présence pérenne des médecins en montagne, au bénéfice premier des résidents permanents, il est impératif, comme l’a rappelé Martial Saddier, président de l’association, que les collectivités territoriales, notamment les communes – qui pourraient se regrouper à dessein –, conservent la maîtrise des locaux où sont installés les praticiens. Cette exigence s’impose d’autant plus en station, où la pression foncière est particulièrement forte.


Métiers de montagne
La féminisation ne cesse de croître

Animé par Annie Goury, consultante établie en montagne depuis plus de quinze ans et animatrice de la délégation iséroise de l’Association internationale « Femmes chefs d’entreprise », ce carrefour a permis de passer en revue les spécificités des métiers et de l’emploi féminins en montagne au travers de multiples témoignages de travailleuses.

Les femmes venues témoigner de leur expérience professionnelle exerçaient des fonctions très diversifiées et souvent assorties d’importantes responsabilités: responsable d’équipe de pisteurs, intérimaire en grande surface et conductrice d’engin de damage en alternance, ingénieur en chef chez un constructeur de remontées mécaniques, responsable qualité au sein d’un groupe gestionnaire de stations, ou encore directrice d’hôtel. Pourtant, de cette diversité, il n’est pas ressorti une typologie marquée de carrières montagnardes féminines. Au contraire, on tend à constater une incursion des femmes dans un univers professionnel essentiellement masculin. Et, de l’avis général, cette féminisation de l’emploi en montagne ne cesse de croître, au point de devenir une réelle tendance de fond.
S’il existe bien certaines formes féminines de saisonnalité ou de pluriactivité, ce sont surtout les contraintes physiologiques qui les déterminent (l’absence de sanitaires particuliers notamment, ou bien les rythmes imposés par la vie familiale…).

Une discrimination par les postes plus que par les salaires

En dehors de ces aspects, l’accès des femmes aux métiers de montagne peut se heurter à un certain machisme ambiant, mais qui s’efface rapidement dès qu’elles font preuve de leur compétence dans le poste qu’elles occupent. Si des écarts de rémunération entre hommes et femmes à fonction équivalente peuvent être enregistrés, on constate qu’ils sont moindres que dans les autres secteurs traditionnels de l’économie. De fait, plutôt que par le salaire, la discrimination principale entre hommes et femmes en montagne reste avant tout dans la nature des postes. En d’autres termes, les femmes en montagne sont plus souvent caissières que responsables d’équipe terrain, femmes de chambre que directrices d’hôtel…


Saisonniers et pluriactifs
L’avenir incertain de la protection sociale

Dans le cadre des carrefours organisés à l’occasion du Festival des métiers, deux syndicats de salariés ont respectivement organisé un débat sur la condition sociale des saisonniers. Objets des discussions : le logement et l’assurance chômage.

L’année 2006 pourrait se révéler particulièrement déterminante pour l’avenir des travailleurs saisonniers. Elle a surtout été marquée par l’entrée en vigueur, le 18 janvier 2006, de la convention relative à l’aide au retour à l’emploi et à l’indemnisation du chômage (convention Unédic) ; celle-ci suscite de vives inquiétudes en ce qui concerne le régime applicable aux saisonniers. Précisément, elle semble traduire la non-reconnaissance de l’emploi saisonnier comme véritable emploi exercé par des professionnels.
A cet égard, Martial Saddier, président de l’association, rappelait que le travail saisonnier, s’il n’est pas nécessairement subi, est particulièrement adapté aux exigences et contraintes des territoires de montagne. Or, ainsi qu’il le soulignait, dans la mesure où les intéressés seront vraisemblablement dans l’obligation de quitter les territoires de montagne afin de trouver une activité plus pérenne pour une insertion durable, les employeurs rencontreront les plus grandes difficultés à recruter, faute d’une main-d’oeuvre qualifiée. En d’autres termes, la convention Unédic pourrait avoir des effets notablement préjudiciables à la fidélisation des personnels saisonniers auprès des entreprises, particulièrement dans le secteur du tourisme.
Au-delà de ce constat commun et des craintes partagées, les débats ont permis de mettre en exergue des approches différentes du phénomène saisonnier. On relèvera ainsi celle qui consiste à promouvoir le pluriactif davantage que le saisonnier. Concrètement, selon cette conception, il s’agirait de reconnaître un authentique statut du pluriactif, caractérisé par la mutualisation des droits acquis dans le cadre de chacun des emplois saisonniers successivement occupés.


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