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Dossier : information et communication
Les perspectives d'une montagne connectée |
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Sommaire du PLM 162
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Haut débit, téléphone
mobile, télévision numérique
terrestre… « L’accès aux
technologies d’information
et de communication (TIC)
est un enjeu vital pour tous
les territoires et notamment
ceux de montagne, pour qui
leur apport peut constituer
un facteur de
développement ou de
déclin, selon qu’ils y ont ou
non accès », observait en
2002, Jean-Paul Amoudry,
sénateur de la Haute-
Savoie(1). En 2001, seulement
une dizaine de milliers de
Français disposaient d’un
accès haut débit à Internet.
Aujourd’hui, ils sont près
8 millions. Des disparités
entre territoires existent. Les
zones rurales et de
montagne connaissent un
retard tangible en termes
d’infrastructure numérique.
L’enjeu est bien de faire
bénéficier rapidement à
l’ensemble des populations
de tous les services
numérisés, tant ils sont
décisifs pour l’aménagement
du territoire. Un pari que
les zones de montagne
peuvent gagner. |
| La montagne, principale victime
de la fracture numérique |
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« Cette France exclue du numérique
pose un réel problème en termes d’aménagement du territoire », estime le sénateur Claude Belot (1). Il n’est
pas surprenant de constater qu’en ce domaine, la montagne fait partie des territoires les plus défavorisés.
Si le développement de la
concurrence, grâce au dégroupage
de la boucle locale, a favorisé
le décollage de l’Internet à
haut débit en France à des tarifs
les plus bas de l’Union européenne
(8 millions d’abonnés
aujourd’hui), Claude Belot, sénateur
de la Charente-Maritime,
constate en revanche que la « révolution numérique » (2) est à
l’origine de nouvelles inégalités
territoriales, notamment pour le
haut débit, disparités géographiques
caractérisées par les
zones « blanches », zones non
couvertes, et les zones « grises »,
dans lesquelles l’opérateur historique
(France Télécom) est le
seul à posséder un réseau.
Zones blanches
et zones grises
Ces zones blanches couvrent
50 % du territoire, soit 10 % de
la population. Ainsi plus de
15 000 communes ne peuvent
avoir accès au haut débit. Pour l’essentiel, il s’agit de zones rurales
faiblement peuplées ou de
zones en périphérie des centres
urbains, éloignées des répartiteurs
téléphoniques. Cette fracture
numérique se double de fortes
disparités entre les offres proposées
d’une région à l’autre.
« Seuls les habitants des zones
où plusieurs réseaux de télécommunications
sont en concurrence
ont accès à des offres
innovantes combinant l’Internet
illimité, la téléphonie illimitée et
la télévision sur ADSL », rapporte
encore Claude Belot, montrant
ainsi que les zones grises
n’offrent qu’un service limité.
1 480 bourgs
sans téléphonie mobile
La télévision numérique terrestre
(TNT), lancée fin mars 2005,
n’est aujourd’hui accessible qu’à
environ 50 % de la population.
D’ici 2007, 85 % de la population métropolitaine devrait recevoir
la TNT. Les 15 % restants
sont souvent des personnes qui
vivent dans des zones de montagne
ou frontalières, ou au relief
difficile, et auxquelles on ne
peut garantir qu’elles recevront
l’ensemble des chaînes de la
TNT au cours des prochaines
années. Pour celles-ci, le gouvernement
s’est engagé à assurer la
transition de la télévision analogique
vers la télévision numérique
en cinq ans.
Concernant la téléphonie mobile,
l’hétérogénéité d’accès à ce service
semble pratiquement résorbée.
En effet, 8,4 % du territoire
n’est couvert par aucun réseau,
ainsi seulement 0,7 % de la
population n’a pas accès à un
service de téléphonie mobile sur
son lieu de résidence. Mais des
chiffres à la réalité, il y a parfois
un fossé, voire une vallée : 1 480
communes ne disposent pas
d’une couverture effective de
leur centre, la moitié des zones
non couvertes se situant au-dessus
de 700 mètres d’altitude.
(1 et 2) « Haut débit et territoires : enjeu
de couverture, enjeu de concurrence »,
rapport d’information 443, Sénat,
juin 2005. |
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Le haut débit, ou Internet
rapide, est la transmission
simultanée d’une « grande » quantité d’information.
La ligne téléphonique
reste libre pendant la communication
Internet.
L’intérêt du haut débit
est la rapidité d’envoi
et de réception des informations,
et surtout son
accès illimité, à prix forfaitaire
(en bas débit, les
prix dépendent généralement
de la durée des
connexions).
Le Wi-Fi est une technologie
de réseau informatique
sans fil, mise en place
pour fonctionner en réseau
interne, et devenue un
moyen d’accès à haut
débit à Internet.
La télévision numérique
terrestre (TNT) est un nouveau
mode de diffusion
qui s’oppose au mode analogique
actuel de la télévision
hertzienne. Elle
consiste à utiliser certaines
fréquences pour diffuser
en numérique depuis des émetteurs des chaînes de
télévision et des services
associés.
La numérisation des
signaux permet leur compression
et l’augmentation
des capacités de transport
en diminuant les coûts.
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Les enjeux du haut débit
Fidéliser, attirer des habitants
et des touristes |
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Aujourd’hui, l’accès au haut
débit est une condition de la modernisation des administrations et de la vie
quotidienne des particuliers (santé, éducation, sécurité, culture) puisque, à
travers cette technologie, c’est aussi la téléphonie et la télévision qui sont
renouvelées.
Les collectivités territoriales
intègrent, dans la mesure du possible,
les nouvelles technologies
dans leurs projets locaux. Elles
sont tour à tour utilisatrices,
créatrices, accompagnatrices
des nouveaux services qui se
mettent en place. Les nouvelles
technologies modifient sensiblement
la gestion communale
et intercommunale et les services
en direction des citoyensusagers.
Citons ici, sans exhaustivité,
l’Intranet, la mise en réseau des
services municipaux et des communes
membres des intercommunalités,
la modernisation des
relations de travail avec les
administrations et services
déconcentrés (contrôle de légalité
en ligne, dématérialisation
des procédures de passation des
marchés publics), les conseils
municipaux interactifs, portail
local d’information, les points
publics d’accès à Internet…
Territoire sans connexion,
territoire invisible
Quant à la promotion des territoires,
elle est indissociable
d’une mise à disposition de ressources
numérisées. Envisager
de vivre dans un ailleurs, plus ou
moins éloigné des zones urbaines,
c’est aussi prendre en
compte l’équipement en services
publics et donc en infrastructures
numérisées.
L’accès aléatoire, et parfois même
impossible, à un réseau de téléphonie
mobile est très handicapant
pour les médecins ou les
infirmières lorsqu’ils visitent
leurs patients. C’est encore une
réalité dans certaines zones
reculées, notamment en montagne.
Egalement, développer
tourisme sur un territoire donné
sans accès à Internet est inenvisageable
aujourd’hui.
Le touriste souhaitera faire son
choix de destination au regard
des images des lieux à haute
valeur patrimoniale, de la décoration
de sa chambre d’hôte ou
d’hôtel, des paysages environnants.
Finalement, une zone
non connectée est un territoire
invisible. |
| Viabiliser et attirer les entreprises |
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« Les TIC présentent l’avantage
de s’émanciper, dans une certaine mesure, des contraintes géographiques
qui empêchent habituellement les industries de s’implanter en zone
rurale(1). » Aujourd’hui, l’accès au haut débit devient une des conditions
d’une concurrence non faussée entre les territoires.
Les services permis par la numérisation
et l’Internet bouleversent
l’accès aux informations, les échanges, les possibilités de
coopération. Le haut débit
transporte des quantités de données
bien plus importantes que le
bas débit, comme les fichiers
photo, audio ou vidéo, et des
applications interactives en temps
réel comme la visioconférence.
Il est ainsi tout d’abord indispensable dans les relations avec les
fournisseurs et les clients : un
client préférera choisir un fournisseur
dont il pourra visionner
le catalogue en ligne et dans
l’immédiat.
Des skis de l’Ariège
vendus au Canada
Le haut débit devient également
incontournable pour la stratégie
commerciale des entreprises, qui
peuvent ainsi mieux se faire
connaître, accéder à des nouveaux
marchés, notamment à
l’exportation. A titre d’illustration,
mentionnons cette PME
ariégeoise, fabriquant des skis,
qui fournit une partie de sa production
au Canada. Ce commerce
serait difficilement envisageable
sans le concours de cette
technologie.
C’est pour cela que de nombreux
territoires ruraux et de montagne
s’engagent dans la stratégie du
numérique : assurer une égalité
des chances aux entreprises.
(1) Jean-Paul Amoudry, rapport précité. |
| Des territoires en réseau,
malgré tout |
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Parce que le réseau haut débit est structurant pour les territoires, les pouvoirs
publics se mobilisent. Aujourd’hui, l’enjeu est moins l’accès à des réseaux numérisés que la multiplicité de ces
réseaux, pour favoriser une concurrence entre les opérateurs, garante d’une diversité d’offres et de tarifs intéressants.
Tout d’abord, l’Etat, en tant que
gardien de l’égalité des chances
sur le territoire, a lancé fin 2002
le plan RÉSO (en faveur d’une
république numérique dans la
société de l’information) pour
que la France compte au moins
dix millions d’abonnés au haut
débit à l’horizon 2007.
Outre les mesures d’accompagnement
aux projets de couverture du
territoire en téléphonie mobile et
aux projets pour l’accès et les usages à haut débit, la DIAC a décidé
de promouvoir la mise en réseau
des « télécentres ». Ces « espaces
de bureau hébergeant des télétravailleurs
avec la présence d’un
animateur et une offre minimale
de services » faciliteront le développement
de l’emploi sur les territoires
par le télétravail. C’est une
piste sérieuse à explorer pour les
zones de montagne, afin d’attirer
de nouveaux habitants.
Une charte«Départements innovants »
Ensuite, afin d’accélérer et d’étendre
le déploiement du haut débit
sur leur territoire, certains départements
(75 à ce jour) ont signé
la charte « Départements innovants » avec France Télécom, par
laquelle l’opérateur s’engage à
accélérer l’équipement de ses
répartiteurs et le département à
conduire des actions de sensibilisation à cette technologie.
Enfin, aussi parce que certaines
zones pourraient rester durablement
non couvertes en raison de perspectives insuffisantes de rentabilité
économique (aujourd’huiévaluées à 4 % de la population
sur 20 % du territoire, en
majorité de montagne), et
confrontées à l’incapacité des
opérateurs privés à déployer leur
réseau jusque sur leur territoire,
les collectivités locales, depuis
2004(1), peuvent intervenir comme
opérateurs de télécommunication. Les collectivités opérateurs
de communication
Ayant au préalable réalisé des
diagnostics déterminant les
besoins locaux, cette nouvelle
compétence met l’accent sur
l’enjeu en termes de compétitivité
du territoire et sur le souci
d’assurer un égal accès des usagers à des offres de même qualité
et de même prix.
Ces initiatives doivent respecter
les règles de concurrence (transparence
et non-discrimination)
qui conditionnent la légalité des
financements publics, nationaux
et européens, des projets. Les
acteurs locaux peuvent choisir
de desservir en priorité les établissements
publics (scolaires,
hospitaliers, culturels…), les
administrations publiques, ou
encore les zones d’activités, suivant
la stratégie décidée pour
réduire la fracture numérique.
(1) La loi n° 2004-575 du 21 juin 2004
pour la confiance dans l’économie numérique
crée l’article L.1425-1 du code
général des collectivités territoriales |
Collectivités, opérateurs
Les montages contractuels
envisageables |
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Maître Pierre Le Bouëdec, avocat au barreau de
Paris, cabinet Symchowicz et Weissberg, conseille le département de l’Ariège pour la mise
en œuvre d’une délégation de service public (DSP) pour l’accès au haut débit.
« Les collectivités locales, souvent,
ne détiennent pas en
interne les compétences pour
gérer ce service (excluant ainsi
la régie), et recourent à l’expertise
de tiers spécialisés dans ces
technologies très spécifiques.
Certaines collectivités ont
conclu des marchés publics de
service, mais cette pratique
nous paraît juridiquement fragile.
En revanche, le partenariat
public-privé est envisageable
mais non utilisé à notre
connaissance.
En réalité, la DSP semble plus
appropriée, dans le cadre d’un
affermage (le réseau est préalablement
construit par la collectivité,
par le biais de marchés
de travaux) ou d’une concession
(le délégataire construit
puis exploite le réseau). »
La délégation de service public
offre plus de garanties
Concernant les territoires de
montagne, « la viabilité économique
des projets est plus aléatoire
si le réseau nécessite
des investissements considérables
en raison de contraintes
géographiques ou démographiques ».
« Il est alors possible d’opter
pour un contrat ”mixte“ dans
lequel la collectivité
met à disposition une
partie du réseau, le délégataire
devant construire le reste des équipements. La charge financière
du délégataire est ainsi
allégée, il devra tout de même
prouver sa ”motivation “ en participant
aux investissements
initiaux.
L’intérêt de la DSP pour la collectivité
réside dans son
contrôle de la bonne exécution
du contrat. Elle peut ainsi, via
des clauses contractuelles,
imposer des objectifs essentiels
de qualité, de desserte, et de
prix. »
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