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Dossier
Stations de montagne :
Le diagnostic
sur
le cadre de vie des saisonniers et pluriactifs |
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Sommaire du PLM 160
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De septembre 2005 à février
2006, l’ANEM a confié à un
groupement de consultants,
piloté par le cabinet Détente, la
réalisation d’une étude
consacrée à l’environnement des
saisonniers et pluriactifs en
stations de montagne. L’objectif était double : tout d’abord
affirmer l’implication des élus de
la montagne sur ces espaces
particuliers, et cela, que ce soit
au niveau local, pour faciliter le
dialogue social territorialisé, ou sur le plan national, pour
porter les améliorations
nécessaires aux dispositifs
législatifs et
réglementaires applicables
aux saisonniers et aux
pluriactfs. Le second
objectif avait pour but de
fournir aux élus des outils
d’aide à la décision,
notamment par le biais
du guide
méthodologique auquel
a permis d’aboutir l’étude.
La deuxième partie du
rapport sera présentée
dans le dossier de « PLM»
du mois de mai. Elle sera
consacrée aux solutions
apportées sur le terrain
aux problématiques
recensées dans le
diagnostic.
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Santé et protection sociale
Tenir compte
des spécificités de la station |
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La vie en station a une influence sur la santé des gens qui y travaillent de
façon saisonnière, de par l’altitude, le climat, les conditions de travail et
les pratiques à risques. Tout cela est renforcé par un rythme de vie artificiel
et décalé, ainsi que par les importants brassages de population.
Les pratiques à risques sont en
augmentation et semblent se
banaliser en s’associant à une
hygiène de vie souvent incorrecte.
Face à cette situation, de
nombreux acteurs de proximité
(mairie, services sociaux, associations,
permanences de la
médecine du travail, maisons des saisonniers) se sont mobilisés
sur des programmes d’information
et de prévention.
Les actions sont de deux types :
tout d’abord des démarches
d’information et de formation
des acteurs du réseau « Santé et
saisonnalité » pour favoriser une
meilleure prise en compte des
problématiques liées à la saisonnalité
en station ; ensuite, des
opérations de sensibilisation, de
prévention et de responsabilisation
des saisonniers face à leurs
propres pratiques.
Des conditions erratiques
pour la médecine du travail
L’efficacité de ces actions va de
pair avec un soutien financier
sur la durée de l’ensemble des
partenaires, alors que dans la
plupart des cas, il s’agit de subventions
annualisées, peu propices à leur pérennisation. Il est évident que les employeurs, les
organismes de formation et les
saisonniers eux-mêmes constituent
de bons relais d’information
auprès d’une population
difficile à toucher, car volatile et
soumise à un rythme de travail
soutenu.
Le second problème soulevé
concerne la médecine du travail
en station, car les visites médicales
d’embauche sont concentrées
sur une très courte période
en hiver, ce qui ne permet pas à
tous les saisonniers de s’y soumettre.
De plus, les stations ne sont souvent
pas équipées de cabinets
permanents, d’où un surcoût
pour les médecins qui doivent se
déplacer, ou du temps perdu
pour ceux qui doivent se rendreà la visite médicale à l’extérieur
de la station. Or, le médecin du
travail est souvent le seul que va
consulter un saisonnier lors de
son séjour en station, devant la
difficulté à se faire suivre par un
médecin traitant.
La situation s’améliore dans les
territoires ayant une autre activité
que le tourisme où les
conditions d’exercice de la
médecine du travail sont
meilleures et s’adressent davantageà des pluriactifs. |
Formation et emploi pérenne
Une complémentarité
incontestable |
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Le numéro 152 de « PLM » de juillet-août 2005 avait fait le point
sur les dernières dispositions législatives et réglementaires en
matière de pluriactivité et de saisonnalité. Il avait aussi présenté
les différences entre ces deux réalités, qui sont dans l’obligation
de s’organiser face à la précarisation, et de faire une utilisation
créative des possibilités de formation.
La formation se justifie du fait de
l’évolution des métiers de la
montagne. Elle constitue aussi un
moyen d’échapper à la précarité,
et elle est souvent vécue, par
ailleurs, comme un vecteur de
fidélisation. Elle permet à la fois
de capitaliser des compétences
sur un territoire et de préserver
l’employabilité des résidents.
La formation requiert plusieurs
adaptations aux formules existantes.
Cela s’avère particulièrement
fondé pour le contenu
(biqualification), l’accès (contrat
à durée déterminée et formation),
l’insertion professionnelle
pour les personnes en difficulté,
et enfin, la reconnaissance des
qualifications.
Dépasser l’obstacle
de la saisonnalité
Pour pérenniser l’emploi, il faut
dépasser l’obstacle de la saisonnalité.
Or, les personnes qui exercent
plusieurs emplois ou activités
professionnelles affrontent
des problématiques aujourd’hui
bien identifiées. Elles doivent
gérer l’alternance de pics de saisonnalité
avec des périodes de
faible emploi, ce qui peut être fait
par le biais de groupements d’employeurs, d’agences d’intérim
ou de contrats de travail
intermittents, voire de partenariats
mer/montagne (encore marginaux
en montagne).
Il faut pallier le manque de main-d’œuvre
qualifiée dans certains
secteurs (formation initiale
biqualifiante ou formation continue).
Enfin, il faut s’y retrouver
dans la jungle des régimes de
protection sociale (réflexions et
expérimentations sur la caisse
pivot et le guichet unique). |
Marie-Christine Trolong, médecin du travail :
« Les saisonniers présentent
deux profils sanitaires contrastés » |
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Marie-Christine Trolong, médecin du travail
d’Ugine, des Saisies, d’Arèches et de Beaufort-sur-Doron, nous livre ses impressions de professionnelle
de terrain sur l’accompagnement des
saisonniers en matière de santé.
«Les saisonniers
que nous
rencontrons en station sont globalement âgés de 18 à 30 ans, majoritairement
extérieurs au département, et
désireux de vivre pendant quatre à
cinq mois une saison riche en expériences.
Sur le plan de la santé, nous
sommes confrontés lors des visites
médicales d’embauche à deux types
de profil. Si, fort heureusement, beaucoup
de jeunes sont en pleine forme,
d’autres, en revanche, ne se préoccupent
pas de leur état de santé, parce
que davantage dans l’errance. Dans ce
dernier cas, les pathologies les plus
courantes sont liées au tabac (bronchites,
asthme), à l’alcool, ou à la
mauvaise nutrition. On rencontre
aussi des problèmes bucco-dentaires
lourds, mais aussi d’hygiène de base
(poux), et même des engelures aux
mains et aux pieds, dues à une mauvaise
protection contre le froid (port
de baskets dans la neige).
Les conditions de logement sont bien
sûr fondamentales pour ces populations, et je constate que la situation
sur ce point s’améliore lentement
mais sûrement, du fait des efforts
conjugués des collectivités locales et
des employeurs.
Sur le plan plus spécifique de l’accès
aux soins, se pose pour les saisonniers
la question du choix du médecin traitant.
Par ailleurs, souvent ils oublient
de mettre à jour leur carte Vitale
avant de quitter leur résidence habituelle
pour la saison. Ils sont aussi
confrontés aux dépassements d’honoraires
des médecins de station (40€
la consultation au lieu de 20€), ainsi
qu’au refus des pharmacies de pratiquer
le tiers payant. La situation est
aussi délicate pour la consultation de
spécialistes (ophtalmo, gynéco…)
absents du site.
Heureusement, depuis une dizaine
d’années, un réseau de prévention
particulièrement adapté à cette population
propose des consultations, au
moins une fois dans la saison, pour le
dépistage éventuel du SIDA, des
hépatites, des MST…» |
Raymond Campo, employeur :
« Les groupements d’employeurs
multisectoriels encore trop marginaux » |
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Président du groupement d’employeurs des vallées
d’Aure et du Louron (GEVAL) dans les Hautes-Pyrénées,
Raymond Campo témoigne de la façon dont il a réussi à
créer et à maintenir un groupement d’employeurs dans
un contexte de pluriactivité montagnarde.
«Au niveau macroéconomique,
dans
l’univers des stations de montagne, les
groupements d’employeurs multisectoriels
restent marginaux, à l’exception du
GEVAL (groupement d’employeurs des vallées
d’Aure et du Louron). Celui-ci est une
structure associative multisectorielle
créée fin 2002 et qui intervient à l’échelle
d’un bassin d’emplois de trois cantons.
Il est géré par un salarié permanent. Il
rassemble une trentaine d’entreprises,
dont quatre stations de ski, des commerces,
des entreprises du BTP, des hôteliers-restaurateurs,
des agences immobilières,
des prestataires d’activités de loisirs et le
BTP, et emploie une vingtaine de salariés.
Un salarié peut travailler pour plusieurs
employeurs sur une année. L’objectif du
GEVAL étant de sortir les saisonniers de
leur statut précaire et de leur donner les
moyens de s’installer durablement dans
le pays en visant un contrat de travail à
durée indéterminée. Il constitue également
une solution pour les problèmes de
qualification et de fidélisation du personnel
embauché.
Il faut fédérer un tissu d’entreprises
homogène pour lequel le groupement
rédige les contrats, réalise les fiches de
paie et procède au versement des salaires.
Enfin, il est indispensable de mettre
en place un dispositif d’animation et de
gestion efficace.
Le responsable du groupement doit avoir
une démarche proactive vis-à-vis des
employeurs (définition des besoins en
postes) et des salariés (recherche de candidats,
accompagnement dans les dispositifs
de formation). Les coûts de gestion
sont moins élevés que pour une agence
d’intérim et les excédents sont redistribués
aux salariés ainsi qu’aux entreprises
au prorata des heures effectuées.» |
| L’INTÉGRATION à la vie
de la station est prioritaire |
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Dans les Alpes du Nord, 60 % des
saisonniers en montagne sont originaires
d’autres régions. Dans 58%
des cas, le saisonnier serait logé par
l’employeur mais, à titre d’exemple,
en Savoie, les besoins ont été estimés
par la Direction départementale
de l’équipement (DDE) à 1 500
créations de logements.
Sur l’ensemble des stations, la problématique
est aussi qualitative.
Malheureusement, le logement des
saisonniers ne génère pas la même
rentabilité que les logements à
vocation touristique, ce qui oblige à
utiliser toutes les possibilités en faisant
preuve de persuasion.
On peut tout d’abord mobiliser le
parc existant à partir d’une opération
de sensibilisation auprès des
propriétaires. On peut également
transformer et rénover des logements
existants, ou construire et
acheter des logements neufs avec
des dispositifs permettant de faire
varier l’implication des employeurs à partir du 1% logement. Il est intéressant
de constater que les opérations
engagées relèvent toutefois
davantage d’un traitement économique
(lié à l’emploi) que d’un traitement
social (lié à la personne).
Les attentes les plus fréquemment
répertoriées se concentrent sur
l’adaptation de l’accès aux services
au public, l’adaptation des périodes
de vacances scolaires, la gratuité
dans les transports, et des réductions
importantes dans les commerces ou
services. Les actions mises en place
pour y répondre sont peu coûteuses,
facilement transposables, et permettent
souvent d’organiser une
concertation entre commerçants,
employeurs, élus locaux et représentants
des salariés.
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