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La montagne est par
définition un lieu générateur de risques. Or, dans ce domaine, les responsabilités des maires ne cessent de s’amplifier,
alors que la justice opte généralement pour une interprétation de la loi Fauchon plus rigoureuse que les
intentions de son initiateur.
En termes de risques et de
responsabilités, le tableau n’est
guère engageant pour un jeune
candidat à la fonction de maire.
On le sait, le risque zéro n’existe
pas. Mais cette constatation vaut
particulièrement pour les zones
de montagne. Des zones qui,
changement climatique aidant,
devraient voir s’amplifier les
phénomènes violents.
Cette situation va de pair avec
une tendance à la « judiciarisation » et une crise de la responsabilité
politique. Ainsi, au quotidien,
un maire est de plus en
plus souvent mis en cause…
pour tout et pour rien. « Pour se
couvrir, il faudrait écrire sans
cesse, sur chaque point ! », s’est
exclamé Guy Vaxelaire, maire
de La Bresse et membre de
l’Association du massif vosgien.
« En deux décennies, la volonté
de liberté et d’évasion, le développement
du surf se sont affirmés.
Comment, en tant que
maire, encadrer ces pratiques ?
Il existe un code des skieurs,
mais il n’a aucune valeur. Au
niveau du contentieux, nous
allons de plus en plus loin. Quel
que soit l’événement qui survient
sur la commune, le maire
peut être recherché en responsabilité
», a-t-il ajouté.
Question
d’échelle
L’aberration apparaît proportionnelle à l’ampleur du risque. Dans
le cas d’un barrage, par exemple,
le maire de la commune concernée
n’est pas associé à la surveillance,
ni lors de la construction
ni en cours d’exploitation.
« Ces aspects techniques relèvent
de la validation d’organismes
d’Etat, a reconnu Michel Poupart,
responsable du pôle sûreté à la
Mission production hydraulique
d’EDF. Pour autant, cette validation
ne prend pas le pas sur le
pouvoir de police du maire,
même si celui-ci n’a pas les
moyens de l’exercer, ni sur l’obligation
qu’il a d’informer les
populations sur les risques
majeurs.» Le risque de rupture,
lui, s’anticipe officiellement grâce au plan particulier d’intervention
(PPI), aux mains du préfet,
mais aussi au plan communal
de sauvegarde.
Pour Christian Gaillard de
Lavernée, préfet, directeur de la
Défense et de la sécurité civiles, «une fois que l’installation est là,
il y a lieu de pratiquer le “catastrophisme éclairé”. Le plan communal
de sauvegarde, obligatoire
pour toutes les communes,
doit être l’occasion pour le maire
d’impliquer la population ». En
revanche, c’est l’exploitant qui
conçoit le PPI. Le dossier est
communiqué au maire pour avis,
avant envoi au préfet.
En réalité, encore une fois, la
mission du maire se résume à
l’information préventive diffusée
au public, avec l’appui de l’exploitant
et sous couvert de la
préfecture.
Une nécessaire
clarification juridique
Globalement, l’environnement juridique reste préjudiciable aux élus de montagne. Pour preuve, le manque d’homogénéité de la jurisprudence qui a rythmé ces cinq dernières années et qui ne comporte que quatorze décisions.
« Aucune doctrine claire n’apparaît
de la part du juge du fond
quant au traitement des infractions
non intentionnelles commises
par les élus : tout exemple
est aussitôt démenti par un
contre-exemple », affirme Éric
Landot, avocat au barreau de
Paris, dans son étude sur l’application
de la loi Fauchon.
Dans le contexte actuel, seuls
des pourvois réguliers en Cour
de cassation permettraient de
gagner en cohérence. « Mais
mal informés du fait que l’absence
de condamnation au
niveau pénal n’empêche pas
l’indemnisation des victimes, les élus sont encore trop peu nombreux à se lancer dans la démarche », commente Éric Landot.
Pour l’heure, et afin de sécuriser
juridiquement leur champ d’action,
les maires présents au débat
ont adopté une motion. «Le gouvernement
doit nous aider à faire
adopter des mesures législatives
qui permettent de trouver l’équilibre
attendu », a conclu le président
de l’ANEM, François
Brottes.
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