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DOSSIER :
Démographie médicale
L’engagement
des montagnards
fait la différence |
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Sommaire du PLM 153
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Le rapport Berland remis en
mai 2005 au ministre de la Santé
tente de faire une projection de la
démographie médicale d’ici à 2025
et d’en déduire l’éventuelle
apparition de déserts médicaux en
zones rurales ou périurbaines. Si le
nombre de médecins n’a jamais été
aussi important qu’aujourd’hui
(203 487 dont 99 646 généralistes),
les disparités régionales sont très
fortes et le pourcentage de
population confrontée à des
difficultés d’accès à un médecin
varierait de 0,6 à 4,1.
Ces généralités masquent des
situations très contrastées où l’on
retrouve néanmoins d’importantes
constantes : augmentation des
besoins, diminution à terme du
nombre de médecins, refus de la
part de ces derniers de pratiquer de
façon isolée, surtout à la
campagne, et prédilection marquée
pour les cabinets médicaux, le
milieu hospitalier et les centresbourgs.
Face à cette situation, le
gouvernement entend bien
privilégier les mesures incitatives par
rapport à la coercition, à la
différence de ce qui a été fait pour
les pharmacies, et encourager la
fidélisation des médecins par
rapport à leur région de formation.
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Contexte législatif et réglementaire
Une adaptation pragmatique |
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Les causes de la désertification médicale sont aujourd’hui
connues du ministère de la Santé. Les dispositifs législatifs et
réglementaires récents ont donc abouti à la mise en place de
moyens de prévention et de correction basés sur l’incitation, fortement
marqués par une logique territoriale.
La création des missions régionales
de santé (MRS) par l’article
67 de la loi relative à l’assurance
maladie du 13 août 2004
permet le renforcement des liens
entre les agences régionales
d’hospitalisation (ARH) et les
unions régionales des caisses
d’assurance maladie (URCAM)
afin d’assurer un pilotage optimal
du système de santé. Il
appartient donc aux MRS de
déterminer, entre autres, les
orientations relatives à la répartition
des professionnels de santé
libéraux.
Celles-ci doivent se traduire par
des projections sur la répartition
territoriale des praticiens libéraux
médicaux ou paramédicaux
et par la détermination des
zones rurales ou urbaines en mesure de justifier la mobilisation
de dispositifs d’aides
conventionnelles prévues à l’article
L.162-14-1 du code de la
sécurité sociale.
Des missions régionales
de diagnostic et de proposition
La circulaire N° 63 du 14 janvier
2005 stipule en outre que « les
orientations relatives à l’évolution
de la répartition territoriale
des professionnels de santé libéraux
seront fixées dans un document établissant un diagnostic
de l’offre libérale régionale et
proposant à titre indicatif des
scénarios pour améliorer l’adéquation
des besoins de la population
avec cette offre […] ».
En outre, divers articles du code
de la sécurité sociale (L.162-47) et du code de santé publique
(L.6 121-2) indiquent que les
orientations déterminées par les
MRS doivent tenir compte du
schéma régional d’organisation
sanitaire (SROS) et qu’elles lui
sont jointes une fois le document élaboré.
Toutefois, à la différence du
SROS pour les établissements, le
document récapitulant les orientations
propres à l’offre de soins
libérale relève de la seule préconisation
et n’est pas opposable
aux professionnels qui conservent
leur liberté d’installation.
En lien avec les observatoires
régionaux de la démographie
médicale, un bilan quantitatif de
l’offre de soin libérale doit être établi pour chaque région. Ce
document suggérera des actions
concrètes visant à améliorer
l’adéquation entre l’offre libérale
et les besoins de la population
en intégrant l’implantation
et l’activité des établissements
de santé.
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| La stratégie
des élus de montagne |
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Dans la réflexion actuelle sur la définition d’un niveau vital
de service public, la couverture médicale libérale de proximité
à proprement parler ne semble pas figurer au premier
rang des préoccupations des élus de montagne, comme en
témoignent les résultats du questionnaire « services
publics » mené auprès des membres du comité directeur de
l’ANEM au printemps 2005.
En revanche, la mobilisation est immédiate dès qu’on touche à la clé de voûte du système, comme l’a démontré encore
récemment l’affaire de l’hôpital de Saint-Affrique, ou que l’on
renforce les éléments des réseaux de santé qui fonctionnent
(la quasi-totalité des amendements de la loi du 23 février
2005 relative au développement des territoires ruraux portant
soit sur l’aide à l’installation et au maintien des médecins en
milieu rural – article 108 –, soit sur le recours à des associations
de soins à
domicile – articles
12 et 15 – ,
ont été proposés
par des parlementaires
de
montagne).
Il se trouve que
ces axes d’intervention
correspondent à
des préconisations
du rapport Berland auxquelles le ministère de la Santé
semble sensible. L’ANEM peut donc continuer à s’investir
dans ces champs d’action balisés.
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Zones en difficulté
Cibler la réactivité
de la montagne |
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La carte ci-dessous récapitule les conclusions d’une étude menée par l’assurance maladie pour cibler les zones en difficulté et les zones fragiles au regard de l’offre de généralistes. Si la montagne y apparaît relativement épargnée, à l’exception des zones de piémont, il n’en faut pas moins analyser les raisons de ce constat et se mobiliser pour éviter toute dégradation de la situation.

Le territoire a été découpé en
7 742 « zones de recours » correspondant
au bassin d’attraction
des généralistes exerçant
dans une commune. Une zone
est considérée comme problématique
dès lors qu’elle combine
une faible densité de
médecins, une forte activité des
praticiens en exercice et un
recours aux soins peu important.
Pour analyser l’offre de
soins (densité/activité), ont été
considérées :
● la densité médicale dans la
zone (corrigée des flux de population
et de la structure par âges),
● l’activité moyenne des généralistes
de la zone et la proportion
de ceux effectuant plus de 7 500
actes dans l’année,
● la proportion des médecins de
plus de 60 ans, critère spécifique
de fragilité.
2,4 millions de
patients concernés
Pour le recours aux soins, l’étude
a retenu les consultations et visites
des plus de 75 ans, dont la
faiblesse peut révéler un problème
d’accès aux soins, ainsi
que des indicateurs mesurant les
déplacements hors de la zone
pour se faire soigner, cela de
manière générale et plus spécifiquement
pour les plus de 75 ans.
Il en ressort que 400 000 personnes
vivent dans des zones en
difficulté (119) et 2 millions
dans des zones fragiles (524) au
regard de ces critères. Il s’agit de
territoires moins peuplés que les
autres. Les médecins y compensent
par leur activité la faiblesse
de leur effectif.
Les secteurs ruraux et périurbains
des régions du Nord, des
pays de Loire et du Centre sont
les plus touchés par les problèmes
de démographie médicale.
Il en est de même dans une
moindre mesure pour l’Alsace et
l’Ile-de-France.
Ce diagnostic pointu pour les
généralistes est cohérent avec
celui enregistré dans différentes études nationales pour d’autres
professions médicales de premier
recours (infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, chirurgiens-
dentistes). Il ne s’applique
pas aux pharmacies dont la cartographie d’implantation obéit à
des principes réglementaires.
Des réseaux autour
d’hôpitaux de proximité
La plupart des documents préparatoires
aux schémas régionaux
d’organisation sanitaire
actuellement disponibles et propres
aux régions de montagne
montrent clairement la prise de
conscience ancienne de la part
des élus locaux et des antennes
de l’assurance maladie et des
affaires sanitaires et sociales du
risque de désertification médicale
dans des territoires souvent
enclavés.
Ce n’est donc pas un hasard si
très tôt de véritables réseaux de
santé se sont constitués autour
d’hôpitaux de proximité, voire
de cliniques privées, et s’ils ont
intégré, outre les professionnels
de santé libéraux, des services
de soins à domicile qui permettent
d’assurer une permanence
des soins arrivant à vaincre l’isolement
de nombreux patients
souvent âgés.
De la même façon, les territoires
de montagne ont expérimenté
très en amont la pratique des
cabinets médicaux, souvent
aidés par les collectivités locales,
notamment sur l’aspect
immobilier et fiscal mais sans
beaucoup d’appui de l’Etat en
termes de compensation.
Le ratio « nouveaux installés de 1998 à 2001/médecins en exercice »
est défavorable dans les cantons ruraux
| Classes |
Dénominations |
Densité
d’omnipraticiens installés
100 000 habitants |
Densité de nouveaux
omnipraticiens installés
/ 100 000 habitants |
Rapport
nouveaux/anciens
(%) |
| |
Moyenne nationale |
99,2 |
5,0 |
5,1 |
| A |
Villes moyennes ouvrières |
84,7 |
4,8 |
5,7 |
| B |
Cantons urbains « défavorisés » |
94,6 |
4,9 |
5,1 |
| C |
Métropoles régionales
et villes importantes |
134,2 |
6,7 |
5,0 |
| D |
Banlieues résidentielles |
85,7 |
4,6 |
5,4 |
| E |
Cantons urbains favorisés |
100,0 |
5,0 |
5,0 |
| F |
Rural isolé |
91,5 |
4,0 |
4,4 |
| G |
Cantons ruraux avec artisanat |
102,1 |
4,6 |
4,5 |
| H |
Cantons agricoles et ouvriers,
plutôt « défavorisés » |
70,7 |
3,6 |
5,0 |
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Zones déficitaires
Une question de définition |
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Les travaux accomplis en matière de
zonage ont souligné l’importance de
ne retenir que des territoires démographiquement
cohérents et lisibles
pour les bénéficiaires des aides. De
fait, si ces découpages peuvent reposer
aussi bien sur une commune, un
canton ou un regroupement des
deux, le franchissement du seuil de
population inférieur à 1 500 habitants
doit être évité afin de garantir
aux cabinets un bassin de population
assurant la viabilité économique et
l’ambiance d’équipe ou de réseau importante pour les praticiens. A cet égard, il paraît évident de ne pas
oublier la population touristique qui,
en station de montagne, représente
annuellement 170 000 blessés pris
en charge suite à un accident intervenu
dans le cadre d’une pratique
sportive hivernale.
La loi relative à l’assurance maladie
laisse une grande latitude aux MRS dans la fixation des critères à réunir
pour déterminer une zone déficitaire. Mieux encore, ces critères peuvent être adaptés lorsque le territoire étudié
comporte des particularités dont
les MRS doivent tenir compte (vallées
ou zones de montagne enclavées,
par exemple).
De plus, les MRS doivent intégrer
des critères complémentaires tels
que le délai d’accès au médecin
généraliste, la configuration démographique
des territoires, notamment
la part des personnes âgées de
plus de 75 ans, et l’existence de fragilités
sociales. Dans ces critères, les
deux premiers intéressent particulièrement
la montagne. |
Lutte contre la désertification
Sélection des propositions
des professionnels |
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Dans les zones rurales, l’isolement comme la nécessité d’assurer une
permanence et une continuité des soins très contraignantes retentissent
négativement sur le cadre de vie. La situation démographique
dégradée de certains secteurs gêne en outre les recherches d’emploi
du conjoint ainsi que la scolarisation des enfants. Enfin, la féminisation
de la profession médicale risque d’aggraver la situation actuelle.
D’après l’association Médecins
de montage, les conditions pour
l’installation et le maintien de
jeunes médecins en montagne,
comme en milieu rural, semblent
obéir à trois préalables :
diminution de la charge de travail à rémunération équivalente,
aide à l’installation et au regroupement,
allégement des charges
administratives.
Au-delà des mesures incitatives
déjà opérationnelles et détaillées
dans ce dossier, l’association
préconise une valorisation de la
rémunération des médecins
acceptant la prise en charge des
urgences dans le cadre des
réseaux de médecins correspondants
du SAMU. C’est déjà ce
qui se passe dans le cadre du
réseau Capcir Cerdagne ou en
Rhône-Alpes par exemple, à la
grande satisfaction de tous.
Tous les dispositifs encourageant
la mutualisation de l’exercice
médical sont également à
encourager car ils concourent à
améliorer l’offre de soins en permettant
aux médecins de se
concentrer sur leur coeur de
métier. Il en est ainsi pour tous les regroupements de médecins
en SEL (sociétés d’exercice libéral),
en SEM (sociétés d’économie
mixte), dans le cadre associatif
ou d’une communauté de
communes.
Adapter les formations
aux territoires
La création d’un secteur de tarification
montagne, comme il en
existe à la Martinique ou à la
Réunion, peut être également
envisagée
Enfin, il faudrait tenir compte de
la corrélation étroite, rarement
prise en considération en France,
entre la réussite d’une implantation
en milieu rural et l’origine
des médecins, le tout intégrant
leur familiarisation avec la pratique
rurale au travers de cursus
de formation adaptés. Cela
devrait permettre la définition de
critères de sélection des
meilleurs candidats (origine et
intérêt) pour les zones potentiellement
menacées de désertification
médicale. Une telle approche
ne pourrait qu’être crédibilisée
par la création d’un environnement
de formation doctorale
et post doctorale qui encourage
et facilite la pratique territoriale
visée (financement de postes
d’internes auprès des médecins
de montagne et ouverts au choix
national), par exemple. Le président
de l’ANEM a relayé ces préconisations
auprès du ministre
de la Santé.
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| Coopération sanitaire
transfrontalière : la montagne
pionnière |
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La coopération transfrontalière en montagne
entre la France et l’Italie s’organise
autour du centre hospitalier de
Briançon et mobilise la région PACA. A
l’heure actuelle, plus d’un tiers des
accouchements de cet établissement
concerne des ressortissantes italiennes.
Cet hôpital de proximité, très bien équipé, qui draine donc une forte clientèle étrangère proche, a été retenu
comme partenaire des jeux Olympiques
de Turin, en 2006. Ces mécanismes sont
facilités par une approche ouverte de
l’échange de protocoles financiers et
une meilleure coordination de la prise
en charge en zone transfrontalière.
Mais le projet de création de l’hôpital
transfrontalier de Puigcerdà suscite
encore plus d’intérêt, supposé couvrir
les besoins médicaux d’urgence des
30 000 habitants qui peuplent la
Cerdagne répartis entre la France et
l’Espagne, et des 150 000 touristes qui
fréquentent cette zone de montagne
relativement isolée en été et en hiver.
Un établissement existe déjà à
Puigcerdà, couvrant les besoins de la
population espagnole. Mais du côté
français, les moyens médicaux d’urgence
se trouvent donc entre une et
deux heures de route des points les plus éloignés du secteur.
Pour pallier cette lacune, la coopération
sanitaire transfrontalière s’est imposée
d’elle-même. Au printemps 2002, une
convention entre les hôpitaux de
Puigcerdà et de Perpignan permet la
prise en charge des frais hospitaliers
des patients, suivie en 2003 d’une
convention de tiers payant. La localisation
actuelle de l’hôpital de Puigcerdà
se révélant inadaptée, il va falloir construire
un nouvel établissement doté
d’un héliport et d’une capacité de 50 lits
partagés entre médecine, chirurgie et
obstétrique. Son coût est estimé à
24 millions d’euros dont 40 % seront
couverts par des fonds européens. |
Aides incitatives
Des mesures récentes
et encore méconnues |
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● Aide à l’installation dispensée par le Fonds de réorientation et de modernisation
de la médecine libérale (FORMMEL) dans les zones déficitaires définies par les missions
régionales de santé et dans les termes et conditions fixés par convention.
● Rémunération forfaitaire des médecins libéraux prévue dans les mêmes conditions
par la loi n° 2004-810 du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie.
● Aides des collectivités locales (non compensées par l’État) à l’installation ou au
maintien de praticiens en zones déficitaires, y compris à destination des étudiants
en médecine en contrepartie d’un engagement d’exercice de cinq ans (art. 108 de
la loi n° 2005-157 du 23 fév. 2005 relative au développement des territoires ruraux).
● Aide au regroupement en cabinets des URCAM et de l’Etat au titre de l’article 51
de la loi précitée (article L.183-1-2 du code de sécurité sociale).
● Exonération d’impôt à concurrence de 60 jours par an des soins exercés en temps
de garde en zone déficitaire (article 109 du même texte).
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