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Dossier "Environnement"
Sommaire du PLM 149

Forêt de montagne : concilier économie et écologie

La forêt de montagne n’a pas été la plus touchée par les tempêtes de 1999. Six ans plus tard, la problématique, pour les élus des communes forestières de
montagne, n’est donc pas tant celle de l’après-tempête que celle de la gestion durable et multifonctionnelle d’une richesse méconnue, et de la prise de conscience des opportunités économiques portées par la forêt.
Pour respecter ses engagements pris dans le cadre du protocole de Kyoto, la France va en effet devoir sérieusement penser " énergies renouvelables ". Qu’il s’agisse de simples réseaux de chaleur ou de cogénération, la filière bois énergie trouve là, s’il en était besoin, une légitimité à son redéploiement.


Perspectives : Redynamiser l’économie forestière en montagne

En progression constante, mal exploitée, la forêt de montagne vieillit dangereusement. Des solutions alternatives existent. Mais faute de politique adaptée, elles peinent à se développer.

Ces vingt dernières années, la progression annuelle de la superficie boisée a été de 0,3 % sur l’ensemble de l’Hexagone, mais de 0,6 % en montagne. Là où l’homme abandonne les alpages, la forêt reprend ses droits.
Il en résulte un lissage du paysage, donc une baisse d’attractivité, pourtant fondamentale en termes de développement touristique. De plus, mal exploité, l’espace forestier ne joue plus son rôle de protection face aux aléas naturels (voir Tribune libre de Jean-Claude Monin, p. 11).
Les analyses démontrent que la progression de la surface boisée ne va pas de pair avec un regain d’activité de la filière. " Les coûts d’exploitation sont de plus en plus lourds. Le prix du bois “bord de route” devient négatif. Dans les conditions actuelles, et vu ses handicaps, la forêt de montagne n’est plus rentable. Elle vieillit dangereusement et ne remplit plus ses multifonctions ", explique Jean-Claude Monin, vice-président de la Fédération des communes forestières (FNCOFOR).
Selon l’Union régionale des communes forestières de Rhône- Alpes, " en Rhône-Alpes, la récolte du bois en forêt a diminué de 17 % en un quart de siècle. Quant à la filière bois, elle a enregistré la disparition de 500 scieries depuis 1980 ".

Favoriser le développement de nouveaux débouchés

Certes, les unités de sciage industrialisées s’avèrent en forte progression. Mais leur production est indiscutablement liée à un approvisionnement de qualité. Elles ne peuvent plus absorber la production hétérogène de la forêt de montagne.
Il devient donc impératif pour la forêt de montagne de diversifier sa production, d’investir des voies de transformation à plus forte valeur ajoutée. Le développement de réseaux de chaleur communaux, notamment, permet ce redéploiement d’activités. En associant la forêt privée et le monde agricole aux collectivités territoriales, de telles initiatives jouent la carte de l’adéquation entre le développement de la récolte, la gestion durable des forêts, la protection des milieux naturels et la réponse à la demande sociale.

Faciliter les contrats groupés

Pour se pérenniser, ces développements encore balbutiants doivent pouvoir s’appuyer sur une politique spécifique, intégrant les handicaps du milieu. Un cap vient d’être franchi avec la loi relative au développement des territoires ruraux.
" Les communes et l’ONF peuvent dorénavant passer des contrats groupés auprès de scieries, qui vont ainsi bénéficier d’un approvisionnement sécurisé. Cela devrait relancer le bois d’œuvre. Le bois énergie pourra être vendu séparément, pour favoriser le développement de réseaux de chaleur ", commente Jean-Claude Monin.
Déjà, en Maurienne, plusieurs communes se sont regroupées pour contractualiser avec une scierie. Le contrat en préparation porte sur 5 000 m3. Une négociation du même type est également en cours en Isère.
Par ailleurs, il semble que la loi d’orientation agricole devrait établir un lien entre agriculture et forêt de montagne.
Enfin, une aide à l’exploitation de la forêt de montagne devrait voir le jour sous peu, avec pour objectif une intégration dans le nouveau règlement de développement rural (RDR), à partir de 2007.


Petit mémento chiffré

 
● Avec 15 millions d’hectares de forêt, soit 27 % de son territoire, la France est le troisième pays européen en surface forestière, après la Suède et la Finlande.
● On compte 11 000 communes forestières au sein de l’Hexagone, dont les deux tiers environ sont situées en montagne.
● Pour sa part, la forêt de montagne couvre 5,1 millions d’hectares. Elle représente
34,2 % de la superficie totale de la forêt française, soit un bon tiers. Une partie non négligeable est en propriété communale.
● La filière bois emploie 425 000 personnes et réalise un chiffre d’affaires de l’ordre de 60 milliards d’euros par an.
● 37 % de la production de bois provient de la forêt de montagne qui, comparativement à sa surface (34,2 %), affiche un fort taux de productivité.
● L’Observatoire européen des forêts de montagne (OEFM), basé à Chambéry, travaille actuellement à des indicateurs spécifiques caractérisant les forces et les faiblesses de ces forêts dans leur contexte environnemental, économique, social et culturel.

Sources : OEFM et Forêt privée française


Entretien avec Jean-Yves Henry : " Concevoir la forêt comme un patrimoine à part entière "

Pour Jean-Yves Henry, secrétaire permanent de l’ASFFOR (Association des sociétés et groupements fonciers et forestiers), la valeur financière de la forêt dépasse la traditionnelle logique patrimoniale.

PLM : Pourquoi la forêt intéresse- t-elle les milieux financiers ?
Jean-Yves Henry : Il existe trois supports de rentabilité en forêt : d’une part, la fiscalité, orientée vers les successions, d’autre part, la production de bois et les locations de chasse, enfin, la plus-value. Depuis 1998, on assiste à une hausse de valeur des forêts. En moyenne, le prix est passé de 3 000 € à 4 500 € l’hectare.
Les groupements financiers qui investissent dans la forêt recherchent essentiellement une diversification de leur patrimoine, avec un ojectif de rendement et de productivité. Dans cette optique, ils aménagent l’espace, favorisent l’exploitation, fixent des emplois. Ils participent donc à l’économie locale.
PLM : Qu’en est-il de cette nouvelle richesse liée aux quotas d’émission de gaz à effet de serre ?
J.-Y.H. : À l’avenir, en Europe, chaque entreprise dépassant son seuil de droits d’émission devra payer des pénalités.
Celles qui se situeront en dessous pourront " vendre " leur quota restant. Un système de crédit d’émission, bonus distribué en échange de certains développements participant à la réduction des gaz à effet de serre, a également été prévu.
PLM : La forêt, qui séquestre du CO2, pourrait-elle rentrer dans ce mécanisme dit de crédit ?
J.-Y. H. : Tout à fait. Pour l’heure, aucun dispositif ne permet aux propriétaires de bénéficier de l’effort qu’ils accomplissent en faveur du stockage de carbone, à travers leur gestion de la forêt, les nouvelles plantations, voire la sortie de produits finis. Des réflexions sont menées par divers organismes pour intégrer les forestiers français au système. L’idée consisterait à leur attribuer des quotas qu’ils pourraient revendre à des entreprises émettrices.


Chartreuse : Le parc naturel valorise son patrimoine forestier

Marketing, partenariat territorial et innovation technologique : le parc de Chartreuse multiplie les actions pour dynamiser l’économie de sa filière.

Limiter la sous-exploitation du massif, optimiser l’ensemble de la filière et faciliter la création d’emplois constituent, pour le parc de Chartreuse, autant de
mots d’ordre qui, aujourd’hui, se déclinent en une série de démarches.
Afin de mettre en avant, sur le marché, le bois de Chartreuse et ses propriétés mécaniques, des contacts ont été pris avec l’Institut national des appellations d’origine (INAO). Un dossier de demande d’AOC, pour le bois d’œuvre, devrait être déposé dans les prochains mois.
Par ailleurs, grâce à une convention signée en juin 2004 avec le parc des Bauges, les agriculteurs de Chartreuse peuvent utiliser gratuitement la déchiqueteuse des Bauges. Les produits issus du nettoyage des espaces agricoles permettent d’alimenter des réseaux de chaleur de collectivités locales, ou de particuliers, ayant opté pour le bois énergie.
En revanche, le déchiquetage en forêt du bois inexploitable en bois d’œuvre nécessite un matériel beaucoup plus lourd. Pour limiter les coûts de transport, une aire de dépôt extérieure, particulièrement innovante, a vu le jour à Saint-Thibaud-de- Couz : le séchage s’effectue sous une bâche respirante microperforée. Seuls deux chantiers de la sorte existent en France.


Bois énergie : Une filière fiable

Bouche à oreille aidant, un certain nombre de communes ont d’ores et déjà mis en place un réseau de chaleur utilisant des sous-produits de la filière bois, généralement disponibles localement. Sans grande valeur commerciale, ces derniers sont issus de l’entretien des haies et de la gestion de la forêt, des résidus de l’industrie de transformation ou de l’activité des scieries.

Pour sa part, la municipalité de Tence, en Haute-Loire, a tenté l’expérience il y a déjà vingt ans. L’installation, en gestion communale, permet de chauffer, voire d’alimenter en eau chaude la piscine, deux gymnases, le groupe scolaire, la résidence de personnes âgées, la caserne des pompiers, les garages communaux, la crèche et la structure d’aide sociale, etc.
" En prenant en compte l’amortissement et le coût de la matière première, nous avons diminué les frais de chauffage de la commune de 50 % ", note Jean Digonnet, conseiller municipal à Tence et conseiller général de Haute-Loire.
Une estimation que Michel Pinton, maire de Felletin, dans la Creuse, n’est pas encore en mesure de donner. Le système, mis en œuvre dans le cadre d’une délégation de service public et financé à 85 % par le délégataire, ne fonctionne en effet que depuis 2003. Grâce à la cogénération, outre l’alimentation en chaleur du réseau urbain, il produit de l’électricité, revendue à EDF, générant ainsi des recettes pour le réseau…
À moyen terme, la commune envisage également de revendre de l’énergie à un certain nombre d’entreprises locales. Jusqu’alors délaissés, les sous-produits du bois sont tout à coup devenus pour Felletin une ressource déterminante en termes de développement économique.

 

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