|
|
|
|
Sommaire du PLM 145
| Pour une gestion
maîtrisée des
grands prédateurs |
|
 |
Le débat sur la politique à
l’égard des grands prédateurs est
revenu récemment au premier
plan avec le tir de deux loups,
le 21 octobre dans la Drôme, et
le 27 dans l’Isère, puis l’abattage
accidentel, le 1er novembre, de la
dernière ourse des Pyrénées.
Au-delà de l’émotion qu’a suscitée
la succession de ces événements
sur un temps très court, " PLM» a souhaité les mettre en
perspective en s’intéressant
notamment à l’environnement
technique et juridique qui
organise l’action des pouvoirs
publics. En effet, au sein de la faune sauvage, les espèces
protégées et/ou menacées ne
bénéficient pas seulement d’un
statut juridique particulier, mais
font également l’objet d’actes de
gestion dont il faut rappeler
le contexte et les enjeux.
|
Gestion maîtrisée :
les aménagements en vue
du plan loup pour 2005 |
|
 |
Le groupe de travail national sur
le loup a été réuni à peine terminée
la saison d’estive. A l’ordre
du jour : évaluer au plus tôt
le bilan de cette première année
d’application du plan loup pour
en déduire les aménagements
propres à améliorer dès 2005
l’efficience de l’outil de gestion
de cette population animale.
Les évolutions à envisager pour
2005 portent sur deux aspects :
financier tout d’abord pour ce
qui concerne les subventions
accordées à la sécurisation des
unités pastorales, et technique
ensuite pour ce qui concerne les
modalités de tir.
L’installation des moyens de
prévention des troupeaux contre
le loup est financée par la " mesure t) " du programme de
développement rural
national (PDRN).
Tardive à se mettre en
place dans le courant
de 2004, elle n’en
remporte pas moins
un succès croissant
auprès des éleveurs,
puisque le nombre de
ses bénéficiaires a
augmenté de 60%
par rapport à 2003.
Le ministère de
l’Agriculture, qui en
est le gestionnaire, a rappelé que cette mesure représentait
2 millions d’euros, et
qu’il s’apprête à majorer cette
enveloppe dans le cadre du
budget 2005, soulignant ainsi
qu’il n’y avait pas en ce domaine
de problème particulier de
limite financière (perspective suffisamment rare de nos jours
pour être relevée).
De leur côté, les éleveurs ont
réaffirmé leur attachement au
fait que l’éligibilité à cette mesure
ne soit pas conditionnée à
une acceptation de la présence
du loup de la part des éleveurs
(comme l’avait acté le groupe de
travail) et des assurances en ce
sens leur ont été données.
Des aides applicables à l’ours ?
Ainsi la contrepartie actuellement
exigée devrait se maintenir, à savoir conserver durant
cinq ans son activité d’élevage
en conservant au moins 75 % de
son cheptel, et sans obligation
particulière de fréquenter les
mêmes estives.
De même, il serait question de
mettre à l’étude une " mesure
t) " applicable à l’ours… Des
réunions locales de concertation
ont été organisées à Digne, Nice
et Grenoble pour identifier les
améliorations souhaitées de la "mesure t) ».
Elles ont notamment été l’occasion
de rappeler que la procédure,
et notamment les formulaires
de demande, avaient toujours
besoin d’une simplification énergique.
Cette mission qui incombe
au CNASEA aurait d’ores et
déjà été relancée par le cabinet
du ministre de l’Agriculture et
pourrait donc aboutir d’ici 2005.
Des indemnités croissant
avec les attaques
Quant à l’idée formulée par les éleveurs d’un renforcement du
barème d’indemnisation des brebis
tuées qui permettrait une
majoration de 25 % pour une
deuxième attaque, et de 50 % à
la troisième, elle ne semble pas
pour l’instant devoir être explorée.
En tout état de cause, ceux-ci
ont souligné l’insuffisance globale
des financements et appelé
à des mesures financières nationales
complémentaires.
Enfin, s’agissant des " modalités
de retrait ", compte tenu du
constat assez largement partagé
de l’inutilité des tirs tels qu’ils
sont pratiqués et de leur nombre,
elles devraient faire l’objet
d’aménagement en vue d’une
approche différente pour la saison
d’estive. Les éleveurs
demandent à pouvoir procéder
eux-mêmes aux tirs. Y seront-ils
pour autant autorisés?
|
| 3 000 loups demain en France? |
|
 |
Lors de la réunion du groupe de travail national sur le loup du 8 novembre, les représentants
de l’Etat ont laissé entendre que l’expansion du loup ne se bornerait pas aux Alpes,
en considérant que ce type de cantonnement était matériellement ingérable. Or, jusqu’ici,
cela constituait l’objectif qu’il entendait ne pas dépasser, principalement pour des
raisons financières. Les participants ont alors rappelé que l’animal avait vocation à coloniser
l’ensemble du territoire, et à retrouver ainsi l’effectif de 3000 individus qu’il avait
atteint au début du XIXe siècle. On ne peut que s’inquiéter de la confirmation de cette
hypothèse. Un tel renoncement à maîtriser la propagation du prédateur pourrait en effet
servir de prétexte à l’abandon de tout accompagnement financier en matière de prévention.
Cette abondance rétablie de la présence de loups permettrait également d’autoriser
de façon courante leur tir par les éleveurs… Il ne s’agit à ce stade que d’anticipation et,
il faut l’espérer, de fiction. Mais il serait bienvenu, et cela revêt même une certaine
urgence, que l’Etat clarifie ses intentions.
|
Communication publique :
assumer un discours
en phase avec
l’action concertée |
|
 |
Les termes utilisés par le ministère
de l’Ecologie pour annoncer
le premier tir de loup de la
Drôme ont joué sur le registre émotionnel. Ce ton surprend de
la part d’une administration
avant tout en charge d’un outil
de gestion qu’elle a contribuéà
mettre en place et dont la finalité
exacte n’a pas été précisée à
l’opinion.
L’émoi qu’a suscité dans l’opinion
publique l’annonce du premier
tir de loup dans la Drôme était en phase avec le communiqué
du ministère de l’Ecologie.
Le texte était d’une grande précision
sur les détails matériels de
l’opération, tels que la distance
de tir et son heure à la minute
près, ou bien les caractéristiques
de l’animal abattu (" une jeune
louve d’environ 18 mois, seule
au moment du tir qui n’était pas
suitée, c’est-à-dire non suivie de
louveteaux [et qui] n’avait
jamais mis bas ").
Cette annonce n’a pas rappelé
le contexte dans lequel ce tir est
intervenu, à savoir l’application
encadrée d’un " protocole d’enlèvement " établi en concertation
avec les socioprofession-nels, les élus et les associations
de protection de l’environnement,
qui l’ont tous reconnu
comme un outil de gestion
indispensable. Par conséquent,
ce tir a été présenté dans les
médias comme une mesure
aveugle et brouillonne décidée
depuis Paris, en réponse au
mécontentement infondé du
lobby des éleveurs.
Une stratégie de communication à repenser
Même si quelques jours plus
tard, le communiqué du minisère
de l’Ecologie annonçant le
second tir dans l’Isère a fait preuve
de plus d’équilibre en rappelant
les nuisances imputables à
l’animal supprimé et l’existence
du protocole, pratiquement
aucun titre n’a relayé cet aspect
essentiel à la compréhension de
l’information. L’accident de
chasse qui a provoqué la mort de
Cannelle est ensuite venu le reléguer
au second plan.
Il ressort clairement de tout cela
que la communication officielle
sur la " gestion " du loup a
besoin d’être substantiellement
améliorée, tant en ce qui concerne
son contenu que sa stratégie.
|
| Ours : le tir accidentel de Cannelle |
|
 |
Scénario malheureusement classique : c’est au cours d’une opération de chasse que la
dernière ourse de souche pyrénéenne a été abattue. De cet événement que d’aucuns ont
pu qualifier de catastrophique, il faut savoir tirer des enseignements : la responsabilité
individuelle du chasseur ne saurait être mise en cause s’il s’avère qu’il s’est retrouvé à
son insu dans une situation d’urgence où il a de bonne foi exercé un droit de légitime
défense ; par ailleurs, l’auteur du tir participait à une battue autorisée. C’est à ce niveau
que le bât blesse car la présence de Cannelle et de son ourson aurait dû être prise en
compte pour s’opposer à la délivrance d’une telle autorisation. Or, sans extrapoler sur le
fait que l’autorité qui l’a accordée ait eu ou non connaissance de cette présence, force est
de reconnaître qu’il n’existe pas pour l’instant de procédure d’alerte qui signale aux autorités
concernées ce type de présence.
|
| Réintroduction de l’ours : ne pas répéter
les erreurs du passé |
|
 |
La disparition de la dernière ourse
des Pyrénées relance la logique de
réintroduction de femelles dans le
massif pour sauver la souche pyrénéenne
de ce plantigrade. Certains élus manifestent déjà leur souci
que cela se produise sans précipitation
et en respectant le droit des
populations locales à faire valoir
leur acceptation. En effet, ce processus
est une technique de gestion de
la biodiversité encadrée par la
convention de Berne. Celle-ci prévoit
qu’elle doit être précédée d’une étude de faisabilité (principalement
technique) et d’acceptabilité (exclusivement
sociologique). Ce processus
n’avait pas été appliqué de
façon satisfaisante pour les précédents
lâchers d’ours slovènes à
Melles qui ont par la suite provoqué
d’importants conflits locaux. Ainsi
convient-il de ne pas répéter les
erreurs du passé et avant d’envisager
la reprise éventuelle d’une ou
de plusieurs réintroductions, d’engager
les concertations les plus pertinentes
associant tous les représentants
des composantes socioéconomiques
des populations pyrénéennes,
pour un débat transparent
et constructif. Un véritable partenariat
qui ne saurait se concevoir sans mesures d’accompagnement adaptées
afin de permettre l’appropriation
locale de ces réintroductions. |
| Régulation
Vers un droit de tir
individuel ? |
|
 |
Au cours de la seconde lecture à
l’Assemblée, Michel Bouvard, député
de la Savoie, a présenté un
amendement adopté contre l’avis
du gouvernement. La mesure ainsi
votée n’a rien de définitif. Elle
consiste à déterminer des zones
d’exclusion des prédateurs recouvrant
le territoire d’exploitation
d’une unité pastorale dès lors que
celle-ci a subi trois attaques consécutives
sur un délai donné. Ce dispositif
revient à instituer un droit de tir
individuel au profit des bergers pour
assurer par eux-mêmes la protection
de leurs troupeaux, alors que jusqu’à
présent les tirs ne sont possibles
que par des agents assermentés
de l’Office national de la chasse
et de la faune sauvage (ONCFS).
Même s’il est probable que cette
disposition ne se maintienne pas,
son apparition aura eu le mérite de
confirmer l’appui des élus à la
demande des éleveurs de contribuer à la régulation de la population
de loups par une protection en
temps réel de leurs troupeaux.
|
|
 |
|
|