La commune de Talloires, riveraine du lac d’Annecy, se débat depuis de longues années contre les entraves que lui oppose la loi littoral au sujet d’un projet de lotissement qui viendrait, en respectant l’obligation de continuité, combler sur 150 mètres en bordure du plan d’eau, une enclave dans un ensemble de constructions assimilable à un hameau.
Le projet litigieux consistait initialement à implanter en zone NA(1), à proximité d’un groupe de 21 constructions, 31 logements répartis entre 5 bâtiments, couvrant une surface hors oeuvre nette (SHON) de 2 564 m2 sur un terrain de 7 378 m2. Le permis fut accordé par la Direction départementale de l’équipement (DDE) en application d’un plan d’occupation des sols (POS) opposable.
Il convient de relever que ce dernier avait été approuvé et validé par le représentant de l’Etat après avis positif de la commission départementale des sites sur le classement des terrains litigieux en zone NA. En outre, le même document d’urbanisme préserve en zone ND(2) les 600 mètres environ de littoral qui séparent du bourg ce groupe de constructions.
Limite dans l'ampleur des projets
Le permis de construire fut annulé à la suite d’un recours intenté par une association locale de protection de l’environnement regroupant quelques habitants, pour la plupart non concernés directement par le projet. S’il fut dans un premier temps confirmé à deux reprises par le tribunal administratif (en référé à l’occasion d’un recours en suspension puis lors du délibéré sur le recours en annulation), le permis fut annulé par la cour administrative d’appel de Lyon au motif que l’on ne pouvait considérer comme une « extension limitée » un projet d’une telle dimension, comparativement à l’existant.
Le projet fit l’objet d’une nouvelle demande présentée par le promoteur pour en limiter la taille (2 bâtiments de 1 303 m2 de SHON pour 14 logements). Celui-ci fit l’objet d’un permis tacite après avis négatif de la DDE, puis attaqué par le préfet et annulé par le tribunal administratif, et ensuite par la cour d’appel.
Entretemps, à l’occasion d’une autre procédure joignant divers recours contre lui, le POS fut invalidé sur l’aspect spécifique du classement de l’enclave en zone NA, qui fut de ce fait mécaniquement requalifiée en zone ND.
Pas de hameau pour la "continuité territoriale"
Examinée par le Conseil d’Etat, l’annulation du permis de construire a été confirmée au motif que les constructions étaient situées dans la bande des 100 mètres et ne s’inscrivaient pas dans la continuité d’une urbanisation existante, ne satisfaisant pas en cela aux exigences de la loi littoral. Partant de ce constat, il est exclu de défendre la possibilité d’une construction en continuité de l’existant telle que la permet la loi montagne. Au terme de ce contentieux, il ressort donc clairement que c’est la logique de la loi littoral qui s’impose intégralement, ayant ainsi pour effet de renforcer une pression foncière déjà pesante en montagne.
(1) Zone naturelle non constructible la plus protégée
(2) Zone naturelle non constructible la moins protégée

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