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| Les
conditions
de la pacification |
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Sommaire du PLM 132
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La sortie d’un récent rapport de la commission
des affaires économiques du Sénat sur la directive habitats,
intitulé " Réseau Natura 2000 : pour une mise en
valeur concertée du territoire " permet de faire le point
sur l’état d’avancement de cette politique européenne
qui connaît depuis des années bien des vicissitudes. Il
permet de nous rappeler que les transmissions de sites vers Bruxelles
se poursuivent, tandis que les documents d’objectifs se mettent
progressivement en place avec semble-t-il, une participation active
des élus. Mais il pointe surtout la nécessité de
trouver des moyens financiers pérennes pour assurer à terme
la gestion des sites, comme seul facteur probant de succès pour
atteindre les objectifs de préservation. |
Mise en place
du réseau :
une tendance aux 10 pour cent
de couverture territoriale |
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Le
rapport sénatorial offre le mérite de faire le
point sur l’état d’avancement de la mise en
place du réseau Natura 2000, tant en matière de
transmission de propositions de sites à Bruxelles que sur
les documents d’objectif en cours de préparation.
Alors qu’arrive à son terme la série
des séminaires qui servent en principe à arrêter
par domaine biogéographique sur la base des propositions transmises à Bruxelles
courant 2002 la liste des sites qui seront retenus au titre du réseau
Natura 2000, le gouvernement a continué à transmettre à la
Commission européenne des propositions supplémentaires.
Le rapport Legrand en dénombre ainsi près d’une
centaine (plus exactement 93) de juin 2002 à mars 2003, portant
le nombre total de sites proposés à 1202, représentant
7,6 % du territoire, auxquels il faut rajouter les 117 sites
d’ores et déjà enregistrés au titre de
la directive oiseaux qui couvrent pour leur part 1,7 % du territoire.
Le texte du rapport laisse entendre que 150 sites supplémentaires
devraient encore être proposés pour compenser certaines " insuffisances " constatées
lors des séminaires.
Quant aux 534 sites dont la transmission avait été annulée
par le Conseil d’Etat le 22 juin 2001, la plupart (97 %) ont été retransmis
après reprise de la consultation (dans les conditions de pure
forme dont PLM a eu l’occasion de se faire
l’écho) avec pour résultat un extension de surface
moyenne de l’ordre de 10 %, le rapporteur en déduisant
peut-être hâtivement que les sites en cause relèvent
essentiellement du domaine de l’Etat et font déjà l’objet
d’un régime ou un autre de protection !
Peu de collectivités opératrices de Docob
Par ailleurs, s’agissant de la préparation des Docob
(documents d’objectif), le rapport fait état, au 1er
octobre, de 758 documents en cours d’élaboration et
de 270 considérés comme opérationnels par les
préfets. Il présente également une typologie
des opérateurs faisant ressortir une grande diversité de
situation. Globalement, ceux-ci se répartissent en quantités
comparables entre collectivités territoriales, établissements
publics et associations loi de 1901, une part marginale (11 %) des
Docob étant traitée par des bureaux d’études.
L’ONF se révèle être l’opérateur
le plus fréquent (133 Docob), suivi des parcs naturels régionaux
(100) et des conservatoires régionaux d’espaces naturels
(96). Les collectivités " classiques " ne se retrouvent
que rarement dans ce rôle : 11 conseil généraux,
13 communes, 10 communautés de communes et 47 syndicats. |
| Un rapport
qui résulte de larges auditions |
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Pour alimenter son analyse et ses propositions,
le sénateur
Legrand s’est fondé, d’une part,
sur la teneur pédagogique d’un colloque organisé au
Sénat le 26 juin et surtout, d’autre part, sur l’audition
de pas moins de 22 structures différentes, au nombre desquelles
on retrouve les principales associations de protection de la nature
(Ligue pour la protection des oiseaux, Société nationale
de protection de la nature, France Nature Environnement…),
les administrations et établissements publics concernés
(Muséum d’histoire naturelle, Office national de la
chasse, Conservatoire du littoral…), les opérateurs
institutionnels de la nature (Réserves naturelles de France,
Fédération des parcs régionaux…), un élu
gestionnaire d’un site expérimental Natura 2000, les
socioprofessionnels (Groupe des Neuf, Réseau Idéal,
Union des industries de carrières, ACFCI, EDF…), et également
dans la catégorie des associations d’élus, l’AMF
et l’ANEM.
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Directive
habitats :
les principes défendus par l’ANEM lors de
son audition |
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Lors
de son audition par le sénateur Legrand, l’ANEM
a explicité ses objectifs et son action s’agissant de
la mise en œuvre de la directive habitat à partir de
la présentation de l’analyse qu’elle faisait de
ce texte.
Constatant
que la directive présentait de nombreuses zones
d’ombres et avait donné lieu à des textes d’application
fort contestables (scepticisme critique qui conduisit à introduire
un recours contre elle devant le Conseil d’Etat), l’ANEM
a fait valoir que c’est par son action qu’une concertation
a été mise en place in fine et que la contractualisation
est devenue le principe de droit commun pour la gestion du réseau
Natura 2000 en France. Elle a également rappelé l’accumulation
des maladresses qui ont contribué à rendre ce dossier
très conflictuel : inventaire anonyme des sites potentiels,
consultation initiale des élus précipitée et
sans pédagogie, absence de prise en compte des préoccupations
exprimées localement. Cette présentation a donc très
logiquement fait ressortir le bien-fondé des deux objectifs
que poursuit l’ANEM avec constance sur ce dossier :
La capacité réelle
des élus et des gestionnaires
de terrains à faire valoir la préservation de leurs
intérêts dans la rédaction des documents d’objectifs.
En d’autres termes, les règles de gestion à arrêter
se doivent de ne pas remettre en cause les activités humaines
développées jusque-là ou bien de les indemniser
en conséquence.
Les financements auxquels donneront accès les contrats Natura
2000 doivent représenter un plus réel qui soit incitatif
auprès des acteurs. Le Fonds de gestion des milieux naturels
(FGMN) se doit par conséquent de monter financièrement
en puissance comme cela avait été promis lors de sa
création, précisant au passage qu’il s’agit
d’un type de financements publics qui aurait sans difficulté l’aval
de Bruxelles… |
Les propositions
du rapport :
Pour une maîtrise du processus
de gestion par les élus |
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Le
nombre de propositions défendues
par le rapport Legrand est certes restreint mais elles se
veulent empruntes de pragmatisme et cherchent à travers
quelques modifications à pacifier l’application
de Natura 2000 en France.
Rappelant le contexte communautaire tendu s’agissant de la
contribution française au réseau, le rapport recommande
tout d’abord de transmettre des sites complémentaires
au titre de la directive oiseaux, si possible dans les six mois,
afin de se conformer à l’arrêt de la Cour européenne
du 26 novembre 2002, qui avait condamné cette insuffisance.
Il insiste par ailleurs sur la nécessité de veiller à la
plus grande transparence et à la plus étroite association
des gestionnaires locaux de l’ensemble du processus, notamment
en intégrant le plus en aval possible de la réflexion
sur le maintien des activités économiques traditionnelles
dans la gestion des sites.
Cela passe par une meilleure information, tout d’abord des
ayants droit quant à l’identification des sites, c’est-à-dire
leur périmètre et leur contenu, par le biais d’une
publicité effectuée par affichage en mairie et dans
la presse locale, mais également des chambres consulaires,
sur l’avancement détaillé du projet durant la
préparation des Docob et considérant, par ailleurs,
que l’appropriation par les élus locaux constitue la
meilleure garantie d’une application réussie de la directive,
il préconise de confier la présidence des comités
de pilotage à un élu plutôt qu’au préfet.
Enfin, pour que Natura 2000 devienne un véritable outil de
développement durable, le rapport insiste sur la nécessité,
sur le plan national, d’intégrer les activités économiques
très en aval dans la réflexion et surtout de dégager
pour cette politique des financements pérennes.
Pour un engagement financier européen plus soutenu
Au niveau national, il s’agit non seulement de mobiliser
tous les dispositifs existants (FGMN, mesures agro-environnementales)
mais aussi d’élargir la palette des incitations financières
: prise en compte des espaces naturels dans le calcul de la DSR,
exonération totale de taxe foncière, généralisation
de la TDENS.
Sur le plan européen, le rapport affirme la nécessité d’un
engagement financier mais qui érigerait le respect de Natura
2000 en écoconditionnalité systématique tant
pour l’éligibilité aux interventions de la PAC
que des fonds structurels. On peut déplorer qu’aucun
instrument européen spécifique n’ait été suggéré… |
Guy Vaxelaire
:
"Les méthodes utilisées
ne sont pas
convenables» |
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Sur
le terrain
"Qu’il n’y ait pas de malentendu. Je suis favorable
dans son principe au projet Natura 2000. Mais quand a été publiée
la directive habitat, le massif vosgien nous a semblé avoir été traité à grands
coups de crayon. 25 % du territoire de ma commune était concerné et
notamment les zones qui étaient les plus à même
d’être développées. Nous avons discuté,
négocié avec le préfet. A l’arrivée,
il n’y avait plus que 5 % de la superficie de La Bresse pris
en compte pour Natura 2000. Tout semblait réglé.
Mais quand a été publiée la directive oiseaux,
nous avons eu l’impression que l’administration essayait
de nous reprendre tout ce qu’elle nous avait concédé.
J’ai protesté. Nous avons organisé une réunion
de maires qui représentaient presque la totalité de
deux cantons. Dans la plupart des communes, le plan a été refusé.
Mais il était précisé que nos observations n’étaient
recevables que si elles s’appuyaient sur des approches scientifiques.
Nous, notre rôle d’élu c’est de les écouter,
les scientifiques. Et cela ne s’arrête pas là,
nous devons aussi écouter les bûcherons, les professionnels
du tourisme, etc… Nous avons quand même formulé des
observations. Durant près de quinze mois, nous n’avons
eu aucune nouvelle du projet. Nous avons alors découvert qu’allait
nous être imposé tout ce contre quoi nous avions négocié.
Et en même temps, il nous a été demandé de
participer à la définition du règlement de la
zone. Les élus locaux recherchent toujours le consensus. Nous
savons jusqu’où nous pouvons ne pas aller trop loin.
Et une fois que nous sommes parvenus à un accord nous nous
considérons comme étant engagés.
Ce n’est pas le cas de tout le monde. J’ai eu le sentiment
qu’à certains niveaux de l’administration, Natura
2000 était utilisé pour mettre sous l’étouffoir
certains de nos projets d’aménagement touristique qui
ne leur convenaient pas. Alors, nous avons répondu que nous
laissions le soin à nos interlocuteurs de mettre au point
seuls le règlement de la zone puisqu’ils n’avaient
pas jugé utile de tenir compte de nos observations. Mais en
tant que représentant de la commune, propriétaire des
terrains concernés, j’ai indiqué que je me réservais
le droit de le contester. Cette manière de faire est regrettable
car, je le répète, sur le principe nous sommes favorables à Natura
2000. Il faudrait aussi arrêter de nous vanter les fonds disponibles.
Il y a des crédits de protection mais pas de crédits
d’aménagement.» |
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